Accueil Présentation chasse Environnement Réflexions La lettre de l'ANCER Téléchargements Archives Contacts Plan du site
 
 

   
Pour une paix négociée entre chasseurs et protecteurs


Depuis une dizaine d'années s'est engagée en France une lutte fratricide entre le monde de la chasse et celui de la protection de la nature dont l'enjeu est la gestion de la faune sauvage. Cet affrontement aux épisodes multiples s'est manifesté du côté chasseur par la naissance du mouvement politico-corporatiste CHASSE-PÊCHE-NATURE ET TRADITION, aujourd'hui en très nette perte de vitesse, ainsi que par la constitution d'un puissant lobby cynégétique capable d'organiser d'importantes manifestations publiques. Ce lobby est même arrivé à trouver auprès des deux derniers gouvernements de droite des appuis politiques non négligeables qui se sont notamment manifestés par l'adoption d'une loi nationale, dite loi Lang, prise en violation de la fameuse directive européenne 79/409 et par la suspension de la mise en oeuvre du programme Natura 2000. Du côté protecteurs, en l'absence jusqu'à présent de relais politiques suffisants, c'est le contentieux administratif tous azimuts qui a servi avec succès d'arme contre les arrêtés de d'ouverture et de fermeture de la chasse ainsi que contre ceux de classement nuisible, les institutions européennes servant de recours ultime. De cet affrontement rien de positif n'est jusqu'à présent sorti pour la protection de la nature comme pour la chasse, si ce n'est un désespérant statu quo.

D'un côté comme de l'autre, le tir tout azimut est désormais largement pratiqué, entraînant les deux parties dans une surenchère caractéristique des situations de conflits engendrées par une intolérance réciproque. Cette petite guerre civile entre usagers de la nature génère bien sûr une structure de violence mimétique comme dirait René GIRARD où les extrêmes se confortent mutuellement. Ce processus peut même aboutir à une convergence paradoxale de points de vue sur certains dossiers. Il en va ainsi de l'amalgame de toutes les chasses dites traditionnelles entre elles ou avec celles qui ne l'ont jamais été comme celle du tir de la tourterelle au mois de mai en Gironde. Du côté des protecteurs comme des chasseurs, aucune distinction n'est faite entre celles qui sont tolérables car sélectives et pratiquées en automne d'une part et celles qui sont biologiquement injustifiables d'autre part. Des deux côtés, il ne peut s'agir que d'un rejet ou d'une acceptation en bloc ; au mot d'ordre de défense de toutes les chasses traditionnelles et régionales répond celui de l'interdiction générale de ce même type de chasse. En public, le débat, surtout lorsqu'il est médiatisé, tourne vite aux insultes réciproques et dans chaque camp s'installe un petit groupe d'activistes qui finalement détermine l'attitude de la majorité. Comme dans toute situation de conflit intense, chaque coup donné ne fait alors que consolider le camp d'en face et le processus infernal ne peut être interrompu que par la défaite de l'un ou de l'autre Pourtant, nul ne peut sortir vainqueur d'une bataille aussi absurde dont la nature fait inévitablement les frais depuis de longues années pour des raisons que nous allons examiner.

Du côté des protecteurs les plus engagés dans ce combat, il faut bien qu'ils comprennent que leur stratégie maximaliste ne peut être que contre productive pour la crédibilité du mouvement écolo dans son ensemble comme pour la protection de la nature elle-même. Cette stratégie consiste à pousser ses revendications toujours plus loin, qu'il s'agisse des espèces à protéger ou des dates de fermeture de la chasse. Par exemple, en ce qui concerne ces dernières, le 31 janvier étant en passe d'être acquis suite aux multiples décisions de justice prises dans ce domaine et à la pression des instances européennes, il s'agirait maintenant de revendiquer la fermeture au 15 janvier. En face, même dérive : certains "traditionalistes" revendiquent le droit de chasser toute l'année. On voit bien alors les impasses auxquelles peut mener cette stratégie d'un côté comme de l'autre, compte tenu des rapports de force existants. Elle n'a en effet donné aucun résultat autant sur plan de la protection des espèces et des espaces que sur celui de la garantie de l'avenir de la chasse. Car on voit bien qu'à travers les abus actuels de la pratique cynégétique défendus par une minorité d'imbéciles, c'est en réalité toute la chasse qui est visée, le but final recherché étant d'aboutir à une Europe sans chasse où celle-ci soit réduite à sa plus simple expression. A ce titre l'affaire du tir de la tourterelle en mai en Gironde ou celle du tir des ramiers au mois de mars sur le col de l'Escrinet démontre clairement comment les abus peuvent être exploités par les opposants à la chasse. Comme on peut s'en douter, la conséquence immédiate de cette stratégie maximaliste est alors de donner raison aux plus rétrogrades des chasseurs qui ont ainsi vu pendant longtemps leur position confortée au sein du monde cynégétique. La naissance en 1989 du mouvement CPNT sous la forme très française d'un poujadisme rural a pour origine à la fois l'incapacité du monde de la chasse à adapter la pratique cynégétique aux réalités du monde moderne et à aux dérives anti-chasse des protecteurs les plus intégristes. Car les chasseurs, même parmi ceux qui sont les plus modérés, ne sont pas aveugles et sentent bien qu'au-delà des campagnes menées contre les abus de la chasse, c'est un profond sentiment d'hostilité à la chasse qui anime leurs adversaires les plus déterminés, toujours tentés de pousser les chasseurs à la faute dans le contexte d'une opinion publique plutôt hostile à la chasse. D'où l'inévitable appel à la solidarité de tous les chasseurs qui un jour ou l'autre, de manière arbitraire, se verront à leur tour menacés dans leur mode de chasse.

Tout cela explique les multiples manifestations de résistance du lobby cynégétique historiquement très lié au monde rural, depuis la naissance de CPNT jusqu'à la constitution récente du fameux groupe des 9 constitué pour faire échec à la mise en place du réseau Natura 2000. Car ces populations rurales se sentent sincèrement agressées dans leurs modes de vie de la part d'instances européennes lointaines ignorantes des cultures locales au profit de raisonnements gestionnaires abstraits. Des positions a priori hostiles à la chasse, loisir rural par excellence, ne peuvent alors que les éloigner un peu plus du mouvement écologiste qui par ailleurs a besoin de leur appui pour lutter contre les projets d'autoroutes, d'aménagements hydrauliques, de carrières, de stockages de déchets radioactifs etc. Car il n'est effectivement pas tolérable aujourd'hui de voir des actions locales de défense de l'environnement parfois compromises dans des domaines essentiels à la sauvegarde des écosystèmes, d'ailleurs essentiels à la pérennité de la chasse, par une poignée de militants bloqués sur la question de la chasse.

Dernier reproche fait à cette stratégie maximaliste telle qu'elle continue à être menée : la tâche que nous nous sommes fixée à l'ANCER devient complètement impossible. Pris entre le marteau et l’enclume, notre association créée dans le but de débloquer cette situation en faisant évoluer les conceptions des uns et des autres, a beaucoup plus de mal à proposer des terrains d'ententes. Dans un contexte de guerre, ceux qui prêchent la paix sont toujours forcément mal reçus et il leur devient difficile de s'adresser aux modérés des deux camps puisque seuls jouent les mécanismes de solidarité primaire en faveur des plus extrémistes. L'ANCER a pourtant comme objectif de faire évoluer la chasse française dans le sens d'une meilleure adaptation aux conditions socio-écologiques du monde moderne. Car il n'est effectivement plus possible de chasser comme le faisaient nos grands-parents : certaines pratiques n'étaient tolérables que dans des sociétés agro-pastorales où n'existaient aucune des agressions produites par le développement "agrochimie, automobile etc. Et aujourd'hui, plus encore que la persistance de pratiques archaïques, ce sont justement les formes de chasse liée à la modernité qui sont à mettre en cause. Il ne faut pas à cet égard se tromper de cible : l'ennemi c'est la surconsommation de munitions, la voiture tout terrain, le magnétophone, le portable et, caricature des caricatures, les lâchers d'animaux de tir. Et puis il n'est effectivement pas tolérable de vouloir imposer la chasse sur le terrain de ceux qui la refusent du point de vue du respect du droit de propriété et parce que ce n'est pas de cette manière qu'on la fera accepter ! Les autres usagers ont le droit à la parole et rien de positif ne pourra être fait sans une gestion commune de la faune sauvage.

En un mot, il faut que la chasse devienne ou plutôt redevienne civilisée et écologiquement responsable; cette entreprise lancée sur l’initiative de chasseurs dissidents mérite de ne pas être sabotée alors qu'elle n'a pas encore atteint ses objectifs. Il est donc urgent de réfléchir aux conditions d'une paix négociée. Et cela est d'autant plus vrai qu'aujourd'hui plus qu'il y a dix ans, après une période où les positions des milieux cynégétiques les moins ouverts ont eu pignon sur rue en étant encouragés par les plus hautes autorités politiques, la situation semble être en train d'évoluer positivement, compte tenu de la position intenable de la France au regard du droit communautaire européen. La chasse française est en effet de plus en plus divisée entre ceux qui pratiquent la politique suicidaire du fort Chabrol et ceux qui sont prêts à faire les compromis nécessaires en acceptant, souvent la mort dans l'âme, de sacrifier l'indéfendable. Cette opportunité doit être saisie car à 80% les intérêts des chasseurs et des protecteurs dans l'existence d'une faune sauvage riche et variée comme dans celle d'habitats sauvegardés sont absolument identiques. Sur les 20% de sujets de discorde, il est parfaitement possible de s'entendre pour le plus grand bien de la nature à condition que chacun accepte de faire un pas vers l'autre. De cette paix négociée dont la réussite est liée à la sincérité des deux parties, dépend un enjeu énorme: à savoir l'adoption d'une grande loi, sur la chasse qui définirait pour le XXIème siècle l'avenir de cette activité humaine vieille comme le monde et dont le statut juridique n'a quasiment pas évolué depuis 1844. Cet enjeu mérite que soient abandonnés de part et d'autre les vieux réflexes de défiance réciproque.

Simon CHARBONNEAU


 

| design : webmenestrelle.free.fr | association nationale pour une chasse écologiquement responsable |
| La Charte graphique, tous les graphiques, html, marques, trademarks, nom de softs, photographies, sont sujets au copyright de leur(s) proprietaire(s) et/ou auteur(s) respectif(s).
Toute forme de reproduction interdite, cf. code de la propriété intellectuelle. Référez vous aux lois en vigueur. |