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Les colliers électroniques par François Basse


Il n’y pas de chasse en plaine sans les chiens de chasse. Les setters, pointers, braques ont donné à notre pratique une dimension mythique et l’arrêt d’un setter dans les brumes de l’aube nous transporte ailleurs. Ceux qui ont goûté le bonheur de voir un chien travailler sans relâche, se couler dans les joncs pour se casser sur un arrêt et rapporter le gibier, savent  qu’une grande partie du  plaisir de chasser en plaine est apportée par notre partenaire.
Pas de chien, plus de chasse. Le chien est un point central de notre passion et nombreux sont les chasseurs qui déclarent : sans le chien, je ne chasserais plus !
Aujourd’hui où la campagne a été bouleversée par une révolution agricole, celui qui ne possède pas un chien très efficace a peu de chance d’accrocher une perdrix ou un lièvre dans son carnier. Seule l’étendue de la quête et la puissance olfactive du chien permettent l’arrêt  en pleine vitesse  en captant l’émanation d’un gibier.
La pression est donc plus forte et impose aux chiens plus de performance, de fougue, de nez. Il faut donc le dresser parfaitement dans un territoire où il n’y a souvent que peu de gibier et donc peu d’occasion. La quantité de gibier ne peut pas compenser la médiocrité du dressage qui se faisait sur le tas, en patronnant les plus expérimentés. Il  doit se faire avant la chasse et implique une compétence certaine.
Heureusement, à chaque problème sa solution… commerciale.
Le pauvre chien  voit arriver dans la panoplie du maître un nouveau collier avec des renflements suspects : le collier électronique plein de promesses qui  se résume en fait à sanctionner le chien à distance.
Chaque chien a une distance entre lui et son dresseur. Au delà de cette limite, les ordres ne fonctionnent plus et le chien obéit à ses pulsions. Le chasseur voit alors son chien s’envoler au grand dam de ses voisins qui participent à cette catastrophe  en interpellant durement le chasseur confus.
Cette distance, variable entre zéro et plusieurs centaines de mètres, a bien sûr un rapport certain avec la qualité du dressage et doit normalement s’agrandir au fur et à mesure du dressage. Le collier électronique vole en éclat ce principe et permet de  sanctionner le chien jusqu’à 1500 mètres par électrochocs. Il abolit la distance et permet au chasseur de décider ou non la sanction.
Armé de cette surpuissance magique qui l’apparente à un dieu marchant dans les labours, il attend désormais moins le bruit de l’envol des perdreaux  que  l’occasion de le sanctionner. Il n’est plus un chasseur mais un maître de chien.

La compétence du dresseur s’est affirmée pendant des siècles, pour arriver à un savoir faire qui est une richesse de la chasse et voilà qu’un chasseur, sous prétexte de modernité et de facilité, manque  une partie d’éducation du chasseur qui a à voir avec son éducation d’homme.
Un chien qui se fie à son odorat ne peut pas se comporter comme une machine ni comme un tamagotchi conçu pour réaliser les diktats de son maître.
Tout le monde a constaté le peu d’équilibre psychologique de certains chasseurs lors d’une série d’erreurs du chien et ses conséquences violentes sur le chien, sur le tir ensuite et parfois sur ses compagnons de chasse. La manière la plus efficace de gâcher la journée de chasse. On peut pardonner au jeune chasseur incapable de surmonter son dépit et c’est  une occasion de parfaire son éducation. L’initiation à la chasse sous la férule de son père, de son oncle, d’un parrain doit régler les excès de passion par des compétences. L’échec le plus cinglant ne doit pas compromettre son flegme, sa courtoisie, et sûrement pas non plus casser son chien pour une compagnie envolée dans ses bottes.         
Comment peut-on expliquer aux quelques jeunes encore motivés que le chien doit être désormais dressé par un collier sans avoir une rougeur au front ?
Il y a un rapport certain entre la compétence à dresser son chien et la capacité à s’intégrer dans une équipe de chasse.

L’intimité du chasseur avec son chien est tellement fondamentale qu’elle devrait occulter  l’idée même d’acheter un collier électronique qui transformerait la relation de partenaire (commensal) en strict rapport dominant-dominé.
Chaque technologie a pour effet secondaire, un effet parasitaire du mode qu’elle est censée faire progresser : il diminue le savoir et la culture.
Le collier électronique diminue la compétence du dresseur,  diminue par la même sa culture de chasse et  fragilise sa légitimité au regard de notre  société qui attend une explication.
La chasse ne peut pas être moderne car la modernité tue la chasse. Le chasseur doit rester en infériorité avec la nature afin que sa passion ait du sens. Ainsi, elle doit se mettre à l’écart du superficiel et du virtuel.
En 1942, Aldo Léopold écrivait déjà « le chasseur américain n’a pas encore compris que la chasse est une affaire essentiellement primitive, atavique, que les gadgets de la modernité pervertissent. » 
Le chasseur doit avoir son libre arbitre et résister aux multiples sirènes du marketing afin de préserver son intégrité.
L’ANCER, qui se bat pour une chasse authentique, sans gibiers lâchés, ne peut pas cautionner une technique qui a dû son succès précisément à la perdition du gibier par la technique.
Le chasseur doit  résister aux multiples béquilles proposées par le commerce.

Le chasseur est capable d’analyser un paysage, lire des signaux invisibles, humer l’air, détecter, sentir, connaître les saisons, le vent et doit aussi  déchiffrer son chien et sa psychologie.
Sinon, la chasse se réduit à tirer et donc à tuer le gibier, ce qui donne raison aux antichasses. Il n’y pas de mérite à tirer et tuer sans avoir tiré de sa personne un minimum d’efforts. Si on veut se battre pour que la chasse reste pérenne,  il faut être irréprochable. 

La prédation animale a toujours été  une cristallisation des comportements de l’homme, les pires comme les meilleurs. La chasse autorise une éducation en temps réel, permet de réguler nos instincts de la prédation et nous apprend à attendre le plaisir après l’effort.
La chasse est un tout où le dressage a sa place comme le tir, la cuisine ou la gastronomie,
Le chien est indispensable pour trouver le petit gibier et un chien dressé est une forme d’art autour de la chasse comme l’est la cuisine.
La chasse est un rempart contre la barbarie, elle doit au contraire  toucher l’âme. Une seule perdrix prélevée avec mon chien, cuisinée dans les règles de l’art et  partagée avec des amis de chasse est une journée bénie des dieux.
Le collier électronique  est à la chasse ce que le fast food est à la gastronomie. 
Le vrai problème du chasseur est le temps. Le temps de chasser beaucoup et prélever un peu.
«  Pour goûter le plaisir que donne la vue d’une carnassière pleine, il faut l’avoir quelquefois rapportée vide, ballottée par le vent. » Elzéar Blaze

 

François BASSE


 

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