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Gestion des gibiers migrateurs : ce n'est pas si simple...
(article paru dans la Lettre de l'ANCER N° 7)


Au cours des trente dernières années, alors que de nombreux  biotopes étaient stérilisés par une agriculture moderne dévastatrice et un urbanisme dévorant, la pression de chasse s'est considérablement accrue sur l'ensemble des zones de la moitié sud de l'Europe habituellement traversées par le gibier migrateur ou utilisées par lui pour hiverner. Pendant que dans les pays concernés le niveau de vie s'accroissait de façon notable en ayant pour conséquence une augmentation sensible du nombre des chasseurs, de vastes territoires autrefois inaccessibles et qui se comportaient comme autant de véritables réserves étaient ouverts à la chasse grâce à l'amélioration de la voirie rurale et à l'utilisation de véhicules tout-terrain. En même temps, l'industrialisation de la production armurière a permis la fabrication massive de cartouches à bas prix, l'usage de l'automobile s'est généralisé comme moyen de transport, le gibier tué en surnombre a pu être conservé en congélateur, enfin et surtout, le temps libre pouvant être consacré à la chasse a augmenté énormément. Ces incontestables changements liés au progrès, conduisent toute personne sensée, à comprendre que la chasse, placée dans un milieu en constante évolution, doit être adaptée à notre époque si on veut la voir survivre.

Je sais qu'il n'est pas courant pour un chasseur d'admettre que la pratique de son activité puisse avoir une quelconque responsabilité dans la diminution du gibier; il est tellement moins culpabilisant (et plus porteur d'un point de vue électoral) de trouver d'autres causes... mais les faits sont là! Il n'est point besoin d'avoir des dons d'extralucide pour se rendre compte que l'on voit moins de grives ou de bécasses qu'autrefois; d'ailleurs, loin des réunions publiques, les plus vieux chasseurs reconnaissent tous l'alarmante diminution d'espèces de gibier autrefois abondantes, certains allant jusqu'à prédire que l'accroissement de la pression de chasse dans toute l'Europe du sud, conjuguée à la destruction des habitats nous mènera tout droit à la catastrophe...

Si besoin est, je rappellerai que les espèces chassées sont, sauf exceptions, moins florissantes que les espèces protégées ou peu chassées (héron cendré, goéland argenté, grue cendrée, grand cormoran etc...).

A titre anecdotique et pour confirmer l'importance de la pression de chasse dans la diminution du gibier, je citerai le cas de la petite commune du sud-ouest dont je suis originaire: La perdrix rouge y a été exterminée pendant les années vingt, bien avant le remembrement et l'avènement de la pollution. Les chasseurs de l'époque, après avoir enduré les privations de la première guerre mondiale, n'ont simplement pas su se limiter et conserver l'espèce pour leurs successeurs qui, eux, sont bien obligés  de se priver de perdrix... Les mêmes causes donnant les mêmes effets, les  conséquences de telles disparitions de populations locales devraient servir d'avertissement. Il sera impossible de réintroduire dans la nature des grives ou des bécasses comme on peut y lâcher des perdreaux.

Devant de si sombres perspectives, on est bien évidemment amené à se préoccuper de gestion et à se demander quels sont les moyens les moins douloureux et les plus efficaces pour redresser la situation...
D'ores et déjà, une chose est certaine: Les privilégiés qu'étaient les chasseurs français de migrateurs, habitués à prélever sans compter, devront désormais apprendre à se restreindre et à partager avec les autres chasseurs d'Europe pour ne pas compromettre l'avenir des espèces.

   Pour gérer, le chasseur peut agir surtout sur la pression de chasse qu'il peut moduler à son gré et peu sur les autres facteurs limitants qu'il ne maîtrise pas (tels la pollution ou la destruction des biotopes). Même quand la diminution d'une espèce semble provenir surtout de causes extérieures à la chasse, les prélèvements du chasseur ne peuvent qu'aggraver la situation, c'est évident ! Dans ce cas aussi, un allégement de la pression de chasse ne pourra qu'être bénéfique.

Si donc, devant la diminution évidente de certaines espèces, la nécessité de gestion est admise, il nous faut trouver les moyens les mieux adaptés au gibier migrateur, étant entendu que celui-ci est un patrimoine commun à l'ensemble des chasseurs de la zone de répartition.

La réussite de la mise en place d'un plan de chasse grand gibier étant incontestable, il vient aussitôt à l'esprit l'idée de transposer celui-ci à tout le petit gibier, mais là, les problèmes surgissent: les chasseurs de la base n'ont souvent pas été préparés par leurs dirigeants à avoir une attitude responsable permettant la réussite d'un tel plan de chasse. Quand on cite le chiffre des dépassements du plan de chasse grand gibier de certains départements, on est en droit de se demander ce qu'il en serait d'un plan de chasse petit gibier, étant entendu qu'il est certainement plus facile de dissimuler dans sa poche une grive qu'un chevreuil ou un cerf...

En tout état de cause, si à force d'entendre des discours de raison de la bouche de leurs responsables, les chasseurs de base devenaient soudain raisonnables, et si donc un «plan de chasse gibier migrateur » pouvait être mis en place avec quelques chances de succès, dans le cadre plus large d'un plan «petit gibier», il faudrait comprendre qu'il devra être impérativement tenu compte pour l'établir des dates aux quelles auront lieu les prélèvements car, bien que cette idée soit encore rejetée par ceux qui ont analysé le problème de façon superficielle, il faut toujours plus d'un oiseau au début de l'automne pour en faire un seul au printemps suivant. Entre les deux, l'hiver et la migration ont prélevé leur part... Le manuel de préparation à l'examen du permis de chasser recommande d'ailleurs au futur chasseur, de tenir compte des inévitables pertes hivernales pour calculer ses prélèvements à venir. Contrairement donc, aux idées simplistes qui circulent dans certains milieux, il ne peut absolument pas être fait abstraction des dates de chasse... Le simple bon sens veut que l'on comprenne que la capture d'un certain nombre d'oiseaux après l'hiver, correspond au prélèvement avant l'hiver, de ce nombre d'oiseaux aggravé des pertes hivernales.  Autrement dit: dans le cas, par exemple, d'une espèce dont les pertes en hiver sont de cinquante pour cent, on peut considérer que la récolte d'un animal en février - mars équivaut à celle de deux animaux en septembre - octobre (puisque il aura fallu deux oiseaux existants à l'automne pour qu'il en reste un au printemps). Le gestionnaire avisé se doit de tenir compte de ces données au moment d'établir son plan de chasse en fonction des périodes de prélèvements choisies. Bien sur, ce problème de dates ne se pose pas dans le cas d'un plan de chasse au petit gibier sédentaire qui lui, est toujours chassé avant le plus dur de l'hiver. Quand ceci a été compris, l’établissement d'un véritable plan de chasse pour le gibier migrateur se heurte à d'autres difficultés bien plus insurmontables:
1 - Les zones de répartition étant très vastes et diversement occupées, il semble très difficile,  si ce n'est impossible, de calculer des quotas de prélèvements avec une marge d'erreur acceptable.
2- Le gibier migrateur ne voyageant pas toujours par les mêmes couloirs et n'hivernant pas toujours dans les même secteurs, la répartition finale de ces quotas semble tout à fait irréalisable de façon équitable.

Ces deux problèmes, qu'on ne peut résoudre de façon satisfaisante, amènent naturellement à examiner d'autres moyens de gestion. L'adoption d'un Prélèvement Maximum Autorisé ou «PMA» (le Bag Limit des anglo-saxons) semble à première vue séduisant car, sans présenter la précision d'un véritable plan de chasse, cette mesure n'exige pas une connaissance aussi poussée des effectifs de l'espèce chassée et son efficacité n'est pas mise en cause par le déplacement des couloirs migratoires et des zones d'hivernage. Hormis ces différences, le PMA est soumis à la même contrainte de temps que le plan de chasse classique (coût biologique différent des prélèvements de l'aller et du retour) et présente aussi les même faiblesses liées au facteur humain: Son respect et donc son efficacité dépendent des qualités des chasseurs qui doivent s'y conformer. S'il ne fait pas de doute que ce moyen de gestion, appliqué par des bécassiers puristes, peut s'avérer très efficace, qu'en sera-t-il chez les tireurs à la passée? En ce qui concerne la majorité des chasseurs de migrateurs, chez qui la passion vient de l'espoir de réaliser un «tableau», on peut émettre quelques réserves... Pour terminer avec ce chapitre, je citerai comme mauvais exemple le cas du PMA annuel  imposé dans le Sud-Ouest aux chasseurs d'alouettes aux filets et non aux tireurs de ces mêmes oiseaux au fusil. Comment s'étonner alors, de voir les quotas aussi peu respectés ?

Si l'on estime les plans de chasse et PMA difficiles à mettre en application, il reste à évoquer les derniers moyens de gestion à notre disposition que sont la modulation du temps de chasse et celle des surfaces mises en réserves... et là encore, le bon sens devrait dicter les règles de gestion: II faut tenir compte des dates de chasse, mais aussi traiter différemment le gibier en migration du gibier en hivernage ! Pendant l'hivernage, le temps de chasse peut être modulé par une action sur la durée hebdomadaire. Par contre, pour les oiseaux en migration, ce sont les périodes de chasse qui doivent être modulées car les mouvements migratoires se produisent trop souvent de façon cyclique, pour qu'une fermeture hebdomadaire ne voit pas ses effets annulés ou amplifiés selon le jour du passage... Si, et c'est le cas actuellement pour la plupart des espèces de gibier dignes d'intérêt, on souhaite freiner la diminution des effectifs due en partie à la sur-chasse, il faut agir dans le sens d'une diminution de la pression cynégétique avec réduction du temps de chasse, assorti d'une augmentation des surfaces mises en réserve. Étant entendu qu'une protection provisoire totale (mais pas irréversible comme le souhaitent certains protecteurs !) est le moyen le plus radical pour regonfler les effectifs d'une espèce, une protection légère pourra souvent suffire à redresser une situation qui semblait compromise. Dans ce cas et pour les raisons précitées, à moins d'être masochiste ou «mauvais en calcul», le chasseur devrait, pour un résultat équivalent, préférer se priver de chasser un oiseau à la remontée plutôt que deux à la descente... C'est pourquoi, en l'état actuel des choses et sauf cas particuliers isolés dont je ne traiterai pas ici, la fermeture au 31 janvier n'est pas une mesure vexatoire inutile car, en freinant le déclin de certaines espèces (grives mauvis et bécasses notamment), elle contribuera peut-être à sauvegarder
leur chasse, contrairement à ce que souhaitent nos adversaires et à ce que peuvent croire certains chasseurs peu clairvoyants... Il est quand même paradoxal que les mesures urgentes de gestion que nous aurions du prendre nous même, nous soient imposées par les anti-chasse comme punitions et soient perçues comme telles par une proportion importante de chasseurs infantiles...

La défense de notre passion passe par une protection accrue des espèces et des milieux. Sans vrai gibier pas de vraie chasse ! Le refus inconscient de transposer au gibier migrateur ce qui a été compris depuis longtemps pour le gibier sédentaire (dont la chasse ferme en début d'hiver, faut-il le rappeler ?), semble relever d'un certain manque de civisme cynégétique ou d'un égoïsme local prononcé. A croire qu'il en coûte moins de manifester la solidarité entre chasseurs par des mouvements corporatistes que par des sacrifices dans la gestion en commun d'un patrimoine international. Ceci ne nous grandira pas aux yeux des générations futures à qui nous avons le devoir de léguer autre chose que la possibilité de chasser des animaux semi-domestiques. Encore une fois, défense de la chasse et défense des excès de la chasse sont antinomiques. Est-il utile de vous dire ici ou va ma préférence?

 

   
Sur la fermeture au 31 janvier
(article paru dans la Lettre de l'ANCER N°14)


Les jugements des tribunaux administratifs condamnant la chasse des oiseaux migrateurs en février satisferont certains chasseurs et en mécontenteront d'autres. Ils satisferont sans doute une partie des protecteurs mais ne seront pour les autres qu'une étape de plus vers l'abolition totale de la chasse... Cette nouvelle réduction des durées de chasse soulève des questions et appelle quelques commentaires.

1 - La pression de chasse sur les migrateurs avait-elle réellement besoin d'être réduite ?
Plusieurs faits sont incontestables: Elle a très fortement augmenté sur la plupart des espèces depuis vingt ans et plus. Cette augmentation ne s'est pas cantonnée à la France, il s'en faut de beaucoup, elle a aussi concerné beaucoup de régions d'hivernage et de migration, notamment les pays du pourtour méditerranéen. Les potentialités d'accueil des territoires ont dans un même temps baissé à cause des activités humaines sur la plupart des zones des aires de répartition. (Pollutions diverses, agriculture dévastatrice, assèchements de zones humides, urbanisation, tourisme etc...) En tenant compte de ces deux éléments et en puisant un peu dans nos souvenirs de chasse, on n'a pas le droit de se réfugier derrière l'absence de données chiffrées sur l'état des populations et leur évolution, pour refuser des mesures conservatoires qui dans certains cas sont urgentes. Il faudrait par exemple être de la plus grande mauvaise foi ou tout à fait aveugle pour affirmer que les grives mauvis et musiciennes ou le pigeon colombin pourront continuer à être chassés sans retenue et redevenir abondantes.

Le simple bon sens doit inciter à penser que même les espèces moins menacées seront avantagées par un allégement de la chasse et qu'en fait, rares sont celles pour qui la réduction de la pression de chasse serait superflue.

2 - La suppression d'un mois de chasse est-elle une mesure efficace comme moyen de limitation ? Incontestablement oui !  Sur la plupart des espèces, et en fonction de la durée de leur présence chez nous, cela équivaut à réduire le temps de chasse de 20% ou plus. Le fait que février soit un mois où on tue moins de gibier qu'en octobre ou novembre n'y change rien car, plus on avance vers la fin de la saison hivernale et plus les oiseaux épargnes ont de chances de pouvoir arriver vivants à l'époque des nids et possèdent pour leur espèce une valeur biologique élevée.

3 -  N'y avait-il pas de moyen aussi efficace et moins douloureux que la suppression d'un mois de chasse ? Partant du constat que l'interdiction de tirer les bécasses à la passée n'a jamais été respectée par un nombre non négligeable de porteurs de fusil, on peut être certain que tout moyen de limitation basé sur la seule bonne volonté du chasseur ne le serait pas davantage. Ceci semble devoir reléguer l'idée de PMA au rang des utopies. Ce moyen restera hélas encore longtemps une limitation utile mais marginale, car respectée seulement par les chasseurs responsables. Un autre moyen de diminuer la pression serait une augmentation des surfaces mises en réserve. Pour obtenir une efficacité équivalente à celle de la suppression de 20% du temps de chasse, il faudrait tenir compte de l'accroissement de la pression de chasse sur les territoires restants, donc ôter aux chasseurs plus de 20% des territoires dont ils disposent actuellement. Ce n'est pas rien. Un tel procédé serait-il moins douloureux que d'abandonner la chasse en février ? On peut sérieusement en douter.

En conclusion:
La relative bonne santé de quelques espèces de gibier d'eau semble être la conséquence de la fermeture de la chasse en mars (plus meurtrière qu'en février). Bien que la nécessité de fermer au 31 janvier puisse paraître discutable pour quelques espèces, cette mesure sera incontestablement efficace et, en favorisant le gibier, favorisera le chasseur dans la majorité des cas. Il ne faut pas perdre de vue que la plupart des oiseaux épargnés par une fermeture précoce nous reviendront avec leurs jeunes l'automne suivant...
Il ne faudrait pas croire pour autant, que grâce à ce douloureux sacrifice, nous allons à coup sûr retrouver l'abondance d'antan. Ce serait malhonnête que de l'affirmer. Bien d'autres facteurs que la pression de chasse en France ont changés et ce, dans des proportions bien plus importantes. Les deux principales menaces qui pèsent sur les gibiers migrateurs et sur leurs chasses ont été évoquées au début de cet article. Il s'agit des atteintes aux biotopes qui en réduisant l'habitat et les quantités de nourriture disponible réduisent d'autant les capacités d'accueil des territoires et donc les stocks d'oiseaux qui y vivent. Il s'agit aussi et surtout, de l'augmentation du nombre des chasseurs de migrateurs et de leurs moyens de destruction, dans des pays où autrefois la pauvreté était un puissant frein à la chasse. La pression de chasse sur le petit gibier vient d'augmenter de façon très importante au cours des quinze dernières années dans de nombreux pays du pourtour de la Méditerranée et il en sera vraisemblablement bientôt de même dans les pays de l'Est, Russie comprise. D'ici quelques temps, où qu'il se trouve, le gibier sera chassé et pourchassé. L'argument qui veut que la période de chasse aux migrateurs dure plus longtemps pour compenser les fréquentes absences des oiseaux de pas sage chez nous ne tiendra plus car, quand le gibier n'est pas ici, il est ailleurs où on le chasse avec autant d'intensité.

Ces sombres perspectives ne doivent pas nous faire regretter nos sacrifices mais nous faire comprendre qu'ils étaient indispensables et qu'ils seront d'autant plus efficaces que les autres pays respecteront les mêmes règles que nous. Les nuages qui s'amoncellent sur la chasse française ne proviennent pas tous de Bruxelles, au contraire, seule une gestion imposée sur la totalité des aires de répartition pourra nous éviter le pire et l'Europe pourra peut être nous y aider.

N'ayons pas trop d'illusions cependant, car plus on est nombreux autour d'un même gâteau, et plus la part de chacun est réduite; alors que penser quand en plus la taille du gâteau diminue ?

TIR DES TOURTERELLES AU MOIS DE MAI, LE POINT DE VUE DE L’ANCER

II faut d'abord savoir que certains membres girondins de l'ANCER ont pratiqué le tir de la tourterelle au mois de mai dans le Médoc et ont vécu son évolution. Parmi eux, il y a même d'authentiques médocains qui ont connu la vraie tradition de la chasse aux pantes (filets rabattants). Malgré cela, et peut-être à cause de cela, l'ANCER n'a jamais dissimulé son opposition au tir de la tourterelle en mai.

La principale raison de cette opposition est la grave diminution qui affecte les populations de tourterelles des bois. Ce phénomène déjà ancien (plus de 30 ans) se poursuit inexorablement d'année en année et seuls les tireurs irréductibles semblent s'en accommoder en prétendant que les tourterelles, plus que par le passé «passent ailleurs ou de nuit». Hélas, pas un seul chasseur sérieux de plus de 50 ans ne conteste cette baisse, d'ailleurs beaucoup de vrais médocains ont raccroché leur fusil en mai uniquement pour ce motif.

Bien sûr, la chasse n'est qu'une des multiples causes de ce fléchissement, les prélèvements contribuent cependant à aggraver la situation très préoccupante.

Pour raisonner sainement, il faut donc se poser la question suivante :
Si la bonne gestion cynégétique consiste à ne prélever que les intérêts du capital gibier, à combien doit-on estimer ces intérêts pour une espèce dont le stock diminue d'année en année? A notre avis, la réponse est claire: ces intérêts n'existent plus aujourd'hui, et l'espèce mériterait d'être rapidement
protégée de façon temporaire si on ne veut pas la voir bientôt sortir définitivement de la liste des espèces gibiers.

La seconde raison de notre opposition est une circonstance aggravant la  première: La chasse en mai est une chasse de retour et les tourterelles qui nous reviennent de moins en moins nombreuses chaque printemps ont une grande valeur pour l'espèce. Alors qu'à l'automne, la chasse concerne des oiseaux dont une forte proportion est condamnée à périr pendant l'hiver, elle s'exerce au printemps exclusivement sur ceux qui ont surmonté toutes les difficultés des migrations et qui vont perpétuer l'espèce. Tuer un oiseau au printemps c'est aussi anéantir sa descendance, il faut que cela soit compris de tous ! Quand il s'agit d'une espèce en bonne santé, chasser au retour est un simple gaspillage sans conséquences. Quand il s'agit d'une espèce en diminution, c'est un acte insensé qui dénote un égoïsme grossier de son auteur vis à vis des générations futures.

Pour comprendre l'impact des prélèvements au retour, il suffit d'analyser l'exemple suivant: Prenons le cas d'une espèce subissant 50% de pertes hivernales et ayant une possibilité maxima de reconstitution de 3 petits par couple. Admettons pour l'exemple, qu'on veuille prélever 20 oiseaux sur une population de 100 présents après reproduction. Si le chasseur décide de chasser uniquement à l'automne, il restera 80 oiseaux après la chasse. Ils vont partir en voyage et reviendront à 40 (après 50% de pertes). La reproduction de ces 20 couples sera de 60 petits et à l'automne suivant il y aura encore 100 oiseaux en tout. Si maintenant le chasseur attends le retour pour chasser, les 100 oiseaux vont partir en migration mais ne reviendront qu'à 50. Le chasseur en prélevant 20 pièces ramènera le stock à 30 oiseaux, soit 15 couples qui vont produire en tout 45 jeunes. La population ne remonte alors qu'à 75 oiseaux et elle est en baisse alors que dans le cas précédent elle était stable... Ceci est tellement évident qu'on se demande comment font certains pour oser affirmer le contraire !

Enfin, la troisième raison de la prise de position de l'ANCER est que la situation actuelle donne du Médoc et des chasseurs, une image déplorable. Nous ne voulons plus qu'on nous assimile à des demeurés et nous pensons que le Médoc mérite beaucoup mieux qu'une réputation de région arriérée.

Il faut rappeler à tous, que défendre le tir en mai n'est pas défendre une vraie tradition. La chasse aux pantes, seule tradition authentique que pratiquaient  les anciens médocains, a été interdite à  la demande des tireurs au fusil... Le tir au vol ne s'est généralisé que récemment, il n'est pas plus traditionnel que  le tir des bécasses à la passée ou la chasse en automobile. Cette pratique  moderne et destructrice n'était supportable que tant que les populations paraissaient inépuisables face à un nombre de tireurs très restreint, elle est de venue totalement déraisonnable dans le contexte actuel.

 

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