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Nuisibles et piégeage : la régulation des populations proliférantes
(Article publié dans la Lettre de l'ANCER N°6 en 1990)


La montée du sentiment écologiste au sein des populations des pays les plus développés est à l'origine de vifs débats relatifs à la protection de la faune sauvage. La question de la légitimité de l'intervention humaine est posée fréquemment par les milieux protectionnistes tandis qu'au contraire se développe par réaction chez les chasseurs, des positions les plus extrêmes. Comme l'a souligné Jean-Louis BOULDOIRE dans son ouvrage, les sociétés rurales de jadis avaient résolu le problème en proclamant certaines espèces nuisibles à cause des dégâts provoqués. Ce point de vue étroitement anthropomorphique était alors mis en application grâce à une collaboration entre chasseurs et agriculteurs. Vis à vis de la nature, l'homme estimait être en état de légitime défense permanente. Aujourd'hui encore, notre Code Rural dans ses articles L. et R.227-8 et 5 continue à parler d'animal malfaisant ou nuisible ce qui permet abusivement dans certains départements d'étendre la période de chasse de certaines espèces comme le ramier. Cette notion est pourtant depuis longtemps contestée, même au sein des milieux cynégétiques contemporains, car elle ne tient pas compte des réalités élémentaires de l'écologie qui veut que chaque espèce ait son rôle au sein des écosystèmes. Elle devrait donc disparaître de notre Code Rural car elle est devenue totalement obsolète. Ceci étant, la question n'est pas réglée pour autant car se développe aujourd'hui chez certains protecteurs une idéologie de la non intervention humaine systématique. La régulation des animaux à problème serait inacceptable et contraire au principe même de la protection de la nature. La destruction, et peut être même au delà de la chasse, devrait alors être progressivement remplacée par des méthodes de dissuasion - prévention- protection accompagnées par un mécanisme d'indemnisation en cas de dégâts irréfutables. Par ailleurs, ce dogmatisme protectionniste se fonde sur le principe du non recul qui veut qu'une espèce une fois classée protégée ne peut plus dorénavant passer dans la catégorie chassable ou régulable même si elle se met à proliférer.

Entre les tenants rétrogrades du maintien de la notion de nuisible et les dogmatiques de la protection des espèces, les chasseurs écologiquement responsables risquent d'y perdre leur latin. A vrai dire, pour être résolu, le problème doit être posé différemment, de manière à ce qu'une solution soit recherchée par delà ces deux positions extrêmes. Si d'un côté en effet, il faut que les chasseurs acceptent une fois pour toutes le principe d'une concurrence de la faune sauvage prédatrice, il faut que de leur côté les protecteurs acceptent comme contrepartie logique celle représentée par la chasse. Rien de positif ne pourra sortir de ce débat sans une série de compromis nécessaires. Archaïque, la notion de nuisible doit alors être remplacée par celle d'espèce proliférante régulable soit par la chasse, soit par des techniciens spécialement agréés. A ce dernier titre, la vieille fonction de lieutenant de louveterie devrait subir un sérieux dépoussiérage afin que les actions de régulation soient entourées des meilleures garanties.Une conception gestionnaire de la chasse doit nécessairement envisager des réformes visant à la formation d'un personnel qualifié dans ce domaine. Même d'un point de vue non cynégétique, le non interventionnisme systématique tel qu'il est préconisé par certains protecteurs est absurde et contraire aux règles élémentaires de l'écologie. La régulation ne contredit pas du tout le principe de protection de la nature mais en constitue au contraire le fondement même car elle est inhérente à la notion d'écosystème. La nature passe son temps à s'autoréguler et l'homme doit y participer à condition que cela soit fait avec discernement; il a d'ailleurs trop profondément modifié les équilibres naturels pour renoncer totalement à cette fonction. Pour prendre l'exemple d'un conflit actuel, il ne s'agit donc pas de choisir entre le maintien de la protection ou la destruction des busards Saint-Martin dans la Beauce mais de savoir si oui ou non il y a prolifération de ce rapace. La discussion devrait alors s'orienter vers des solutions qui tiennent à la fois compte de la légitime présence de ces prédateurs et celle d'une chasse qui est justifiable danse la mesure où elle reste gestionnaire. En toute hypothèse, la concurrence entre ces deux catégories de prédateurs que sont les busards et les chasseurs ne doit pas s'effectuer au détriment des populations de perdrix grises; seul un compromis envisageant à la fois une régulation éventuelle de ces rapaces et une diminution de la pression de chasse aurait un sens. Quoiqu'il en soit, un interventionnisme mesuré parait inévitable à condition qu'il ne se transforme pas en une manipulation artificielle des équilibres écologistes conçu au gré des intérêts et des fantasmes humains (les abus des destructeurs renvoient ici à ceux des réintroductions !).

Un mécanisme d'indemnisation ne peut en effet prétendre résoudre tous les problèmes. Les espèces protégées peuvent un jour se trouver être menacées par un excès de prédateurs qui eux mêmes ne peuvent être régulés par des superprédateurs devenus trop rares. Inversement, lorsqu'il y a prolifération de lapins ou de petits rongeurs, il est illusoire de croire que les prédateurs seront assez nombreux pour limiter l'explosion des populations. Il ne faudrait pas rêver comme le font certains protecteurs d'une nature dont les équilibres enfin restaurés permettraient de se passer des interventions humaines et de la chasse en particulier; la présence humaine est aujourd'hui trop massive pour imaginer la renaissance d'une nature sauvage pure de toute souillure anthropologique qui ne peut être qu'un mythe  dangereux. Par ailleurs, les agriculteurs, victimes habituelles de la prolifération de certaines espèces, n'accepteront jamais d'être simplement indemnisés; on ne pourra pas par exemple, dans le cas de dégâts causés par les lapins, les persuader d'attendre que les renards aient fait leur travail! La solution de l'indemnisation ne peut être envisageable que lorsque les dégâts sont limités dans le temps et dans l'espace comme pour l'ours des Pyrénées. Par ailleurs, observons également que certains usagers de la nature, comme les pêcheurs ou les chasseurs ne pourront jamais être indemnisés du fait des atteintes portées à l'objet de leur passion. Pour ne pas prendre le cas de la chasse, on peut citer à cet égard les dégâts importants causés sur la faune piscicole par les cormorans sur certains cours d'eau. L'indemnisation ne pourra jamais, dans cette dernière hypothèse, résoudre le problème, et les pêcheurs amateurs ne pourront que manifester leur mécontentement.

La régulation des populations excédentaires paraît donc inévitable combinée  éventuellement avec des mesures de prévention des dégâts.

Ceci étant dit, l'indemnisation qui aujourd'hui se pratique en matière cynégétique doit être à notre avis généralisée à d'autres situations. Il faudrait désormais imaginer un système d'indemnisation qui permette de prendre en compte l'ensemble des coûts écologistes engendrés sur un territoire donné par la présence d'une faune sauvage. Ici on retombe alors sur le problème agricole. Les agriculteurs ayant des pratiques culturales écologiques et qui acceptent la concurrence de la vie sauvage ne devraient plus subir de manque à gagner; ils devraient être dorénavant indemnisés correctement. On devrait alors imaginer un système de péréquation financière permettant un transfert des revenus tirés des taxes écologique payées par les tenants d'une agriculture artificielle inconciliable avec la présence d'une faune sauvage. Il serait ainsi mis fin à une situation sociale fondamentalement injuste où les agriculteurs respectueux des équilibres naturels sont pénalisés économiquement alors que les pollueurs récupèrent des bénéfices sur le dos de la nature. L'agriculture productiviste, en raison de ses profondes répercussions écologiques, doit désormais aider l'agriculture extensive et même indemniser dans certains cas les usagers de la nature subissant les dommages provoqués par ses pratiques. Enfin l'indemnisation des dégâts causés par le gros gibier doit être également repensée dans la mesure où l'on s'oriente aujourd'hui de plus en plus vers une cogestion de la faune sauvage. Il devient en effet anormal que seuls les chasseurs subissent le poids de l'indemnisation; celui-ci doit être dorénavant partagé avec l'ensemble de la collectivité. Par ailleurs, si les dégâts en question sont aggravés par des pratiques culturales artificielles comme dans le cas de la sylviculture intensive, ici encore il faut tenir compte des coûts écologiques; les
exploitants ne doivent alors être indemnisés que partiellement.

Que penser enfin du principe du non recul? Ici encore la démarche pêche par son côté intégriste : une espèce classée à protéger deviendrait définitivement intouchable même si elle se met à proliférer au détriment d'autres espèces. Une telle position qui se veut dure et pure risque paradoxalement d'aboutir à l'effet inverse; les chasse particulièrement les plus rétrogrades, auront dorénavant un argument tout trouvé pour refuser l'inscription sur la liste des espèces protégées de celles menacées à terme comme aujourd'hui la grive mauvis ou le pigeon colombin. Le principe du non recul est en fait politiquement pervers en raison de son dogmatisme car les espèces qui en ont le plus besoin verront leur sauvegarde repoussée en raison de l'hostilité de certaines catégories de chasseurs. C'est pourquoi il faut au contraire accepter le principe de la légitimité d'un prélèvement raisonnable sur les espèces dont les populations se sont reconstituées; c'est par exemple le cas à l'heure actuelle pour la bernache cravant dont la chasse devrait à nouveau être autorisée si du moins certaines catégories de sauvaginiers acceptaient enfin de modifier leur comportement cynégétique. En fait, il faut bien le dire, le principe du non recul préconisé par certains protecteurs n'a pour objectif réel que celui d'une extinction progressive de la chasse ce qui pour l'ANCER est bien sûr par définition totalement inacceptable. Il faudra bien pourtant qu'un jour dans le camp des protecteurs le principe d'une chasse modérée et gestionnaire soit acceptée une fois pour toutes; les chasseurs les moins évolués n'auront alors plus de motifs valables pour s'opposer aux nécessaires mesures de protection et peut être même qu'un dialogue fructueux pour l'avenir de notre faune sauvage pourra s'engager mettant fin ainsi aux controverses stériles.


   
Sur l'interdiction du piège à machoire
(Article publié dans la Lettre de l'ANCER N°20)


Depuis le premier janvier 1995 l'utilisation et la détention de pièges à mâchoires sont interdites en France.

Encore une fois, cette affaire a donné lieu à des interprétations diverses et contradictoires. Les défenseurs des animaux y ont vu une importante victoire et certains chasseurs un recul catastrophique.

En fait, la vérité est sans doute au milieu : Nous ne croyons pour notre part, ni au caractère indispensable d'une telle mesure comme en semblent convaincus les protecteurs, ni que cette interdiction marquera la fin de la régulation des espèces par le piégeage comme feignent de le croire certains chasseurs.

Le piège à mâchoires et à palette destiné à capturer les animaux par une patte a été la cible des défenseurs des animaux car il était considéré comme cruel. Ce défaut était incontestable dans ses premières versions qui écrasaient le membre entre des mâchoires d'acier souvent garnies de pointes. Dans ses dernières versions avec espace entre les mâchoires et garnitures en matériau souple, il n'est pas démontré que ce piège puisse être considéré comme plus «cruel» que les collets à arrêtoirs ou même les boites pièges, d'ailleurs certains piégeurs lui reprochaient de ne pas toujours retenir l'animal capturé (peut être oubliaient-ils parfois de se lever assez tôt pour contrôler les pièges, la lumière du jour incite les animaux capturés à tout tenter pour se libérer, y compris l'amputation).

L'apparente cruauté des pièges qui ne tuent pas sur le coup présente l'avantage de la sélectivité en permettant de relâcher un animal capturé accidentellement alors qu'un piège «non cruel» peut réserver de cuisantes surprises... Combien de loutres ont péri par mégarde dans des pièges destinés aux ragondins ?

Quoi qu'il en soit, le piégeage requiert une excellente connaissance du milieu et des espèces pour celui qui le pratique, mais exige aussi de lui une éthique irréprochable. Le piégeur a obligation de visiter tous ses pièges chaque matin dans l'heure qui suit le lever du soleil, il a aussi pour devoir de ne pas risquer la mort accidentelle d'animaux domestiques ou protégés. Moyennant ces quelques restrictions, le piégeage a tout à fait sa place dans la chasse d'aujourd'hui et devrait plutôt  être considéré comme un mode de  chasse à part entière et de régulation des espèces proliférantes que  comme un mode de destruction.

Entre ceux qui prônent la guerre à outrance contre tout ce qui ne se mange pas (surtout quand en plus, ça peut manger du gibier...) et ceux qui voudraient que l'on ne puisse plus capturer aucun petit carnivore, il y a de la place pour des gens raisonnables.

Il faut garder à l'esprit que les chasseurs qui se lamentent de la prétendue prolifération des petits carnassiers sont souvent ceux qui l'ont favorisée en lâchant dans la nature du gibier d'élevage tout juste bon à nourrir les prédateurs dont les populations augmentent si la table est bien garnie...

Inversement, l'autorégulation de la faune sans intervention humaine est un vieux fantasme d'écologiste qui ne résiste pas à l'analyse, du moins en ce qui concerne notre nature profondément marquée par l'homme. Cette thèse, très en vogue chez les opposants à la chasse, n'est pas aussi innocente qu'il n'y paraît. Elle est censée démontrer que la chasse ne peut même pas se justifier par le nécessité de régulation des espèces. Sans revenir sur le comble du non interventionnisme qui consis terait à laisser disparaître, par refus d'en limiter les prédateurs, les derniers survivants d'une espèce menacée, il faut imaginer un autre cas de figure qui est celui des grands carnivores. Même en admettant que loups et lynx deviennent un jour assez nombreux pour limiter efficacement les populations d'ongulés sauvages, il faudra que l'homme intervienne pour en limiter l'abondance, car bien avant que ne s'opère l'autorégulation par manque de proies, ces grands prédateurs, devenus trop nombreux à leur tour, s'attaqueraient aux animaux domestiques; non seulement au bétail, mais aussi au petit chien-chien des promeneurs citadins du dimanche, et pourquoi pas, dans le cas de loups devenus très abondants et torturés par la faim, à ces mêmes promeneurs et à leurs enfants...

Sans considérer les carnivores comme des concurrents à éliminer à tout prix, il faut garder à l'esprit que dans certaines circonstances, une réduction de leurs effectifs peut donner un petit coup de pouce à une espèce que l'on désire protéger, qu'il s'agisse de gibier ou même d'une autre espèce.

Il serait sot de vouloir réduire la chasse à la seule régulation de la faune excédentaire car la prédation humaine a des raisons beaucoup plus profondes de s'exercer, liées à la nature même et aux origines de l'homme. Du moment que l'on admet ceci, on peut aussi comprendre que le chasseur veuille soulager le gibier d'une pression de prédation animale égale à la pression de chasse qu'il peut raisonnablement exercer lui même sur le gibier. Si l'homme revendique sa condition de super prédateur, il est légitime
qu'il veuille réduire la concurrence des autres prédateurs «de rang inférieur », un peu comme le chat tue une belette de rencontre et l'autour la buse qui le gêne. Il faut par contre, et c'est ce qui différencie l'homme de l'animal, que la raison discipline l'instinct et que le chasseur garde toujours à l'esprit qu'il a pour devoir de conserver toutes les espèces, y compris celles dont il souhaite voir diminuer les populations ou celles qu'il désire simplement chasser. Tout est une question d'équilibre de dosage et de discernement. Il n'est ni question de limiter la prédation à la seule chasse, ni d'exclure totalement le chasseur de la scène.

Le piégeage ne se réduit pas à la limitation des populations de petits carnivores, il est aussi largement utilisé contre certaines populations d'animaux phytophages en surnombre. A ce sujet, l'emploi tout à fait licite de certains poisons pour lutter contre «les ennemis des cultures » est bien plus condamnables que l'emploi du piège. Même en respectant scrupuleusement les précaution d'emploi destinées à préserver le bétail et les animaux domestiques, le poison est une solution bien plus cruelle qui peut être lourde de conséquences pour de nombreuses espèces En effet, les animaux détruits ne sont pas foudroyés sur place ni récupérés. Nombre d'espèces consomment ces cadavres et peuvent alors périr ou être intoxiquées à leur tour. Quand on assiste encore à des campagnes massives tout à fait légales d'empoisonnement des ragondins (parfois des taupes, ailleurs des campagnols) sous prétexte de protection des cultures, il est inadmissible de s'acharner contre les piégeurs.

Encore une fois, il semble que les défenseurs des animaux se soient trompés de cible. Ce n'est pas le piégeage en général, ni le piège à palette en particulier qui doivent être accusés, mais l'acharnement stupide et primaire de quelques uns à ne tolérer la présence d'aucun prédateur sur leur territoire. Cet acharnement, n'est pas plus stupide il est vrai, que le refus de toute intervention humaine qui en est l'exacte symétrie.

Je ne terminerai pas sans faire part d'une réflexion que m'inspire l'interdiction du piège à mâchoires : Puisqu'on peut interdire l'utilisation, la vente et la détention de certains pièges, pourquoi ne peut-on pas interdire la détention et la vente d'instruments et d'armes utilisés exclusivement pour braconner ?

Je veux parler des appareils servant à reproduire le cri ou le chant de certaines espèces d'oiseaux (on trouve des modèles très sophistiqués avec télécommande chez certains marchands...), des dispositifs de visée nocturne à amplificateur de lumière ou à infra rouges, des appareils de visée laser, des chevrotines, et pourquoi pas des armes avec silencieux dans des calibres de chasse comme celles proposées parfois par des publicités insérées dans des revues cynégétiques... (une carabine calibre 222 Remington comme arme de défense, c'est déjà difficile à croire ! mais avec silencieux inamovible et lunette de visée! de qui se moque-t-on?).

Nos députés, si prompts à voter des lois ne pourraient-ils pas faire quelque chose ?




 

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