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Gibier de Tir : Étude d'un mal qui gangrène la Chasse Française
Pigeon ramier : gestion des populations migratrices
 
 
 
 
 

   
Gibier de Tir : étude d'un mal qui gangrène la Chasse française


Avant-propos

La vocation de l'ANCER est de défendre la chasse, c'est à dire une prédation humaine s'exerçant de façon raisonnée sur du gibier naturel. Cette défense de la chasse passe forcément par la lutte contre tous les abus qui se commettent en son nom et qui nuisent à son image de marque. Les excès concernant les lâchers de gibier de tir sont au premier plan et nous allons tenter d'analyser ici la situation actuelle et ses conséquences pour la faune sauvage et pour le chasseur.

Exposé de la situation actuelle

La pratique des lâchers est due, a l'origine, à la régression des populations naturelles, mais aussi, il faut bien le reconnaître, au désir maladroit de copier ce qui se passait dans certaines grandes chasses privées, où la qualité du propriétaire se mesurait à la capacité de ses gardes-chasse à produire en élevage, beaucoup plus de faisans que le territoire n'aurait pu en fournir naturellement. C'était l'époque où seuls les grands fusils étaient jugés bons chasseurs, et où on croyait encore naïvement qu'il suffisait de détruire tous les nuisibles pour voir le gibier prospérer.

Si la tentation d'augmenter par tous les moyens le rendement d'un territoire est une faiblesse humaine constante chez le chasseur quelle que soit l'époque, la régression des populations naturelles est aujourd'hui beaucoup mieux étudiée qu'elle ne l'était quand cet expédient qu'est le lâcher de gibier est devenu à la mode. Ses causes en sont multiples et il est intéressant de constater que reviennent régulièrement dans les analyses des spécialistes ou dans les enquêtes auprès des chasseurs, les raisons suivantes:

  1. évolution des écosystèmes.

  2. pression de chasse inadaptée.

" Il semble que cette dernière intervienne comme élément déterminant lorsque la population est fragilisée par une autre cause. Force est en effet, de constater que la pression de chasse ne s'est pas toujours adaptée assez rapidement aux évolutions régressives locales et a accéléré le phénomène. "
(Paul HAVET et François BIADI, in Réintroductions et soutiens de populations d'espèces de petit gibier 1990, Office National de la Chasse, Service Technique.)


Destinée dans l'esprit des chasseurs déculturés, pallier l'absence ou l'insuffisance de gibier, l'injection dans la nature de gibier d'élevage est généralement classée en deux catégories:

  • Le gibier de repeuplement: En se donnant la façade de la gestion, on introduit massivement au printemps des reproducteurs sur un territoire, espérant, soit qu'ils pourront se reproduire avec succès, soit que le nombre restant après mortalité naturelle sera suffisant pour permettre une ouverture satisfaisante.

  • Le gibier de tir (parfois dénommé à tort gibier de chasse) : Ne cherchant même pas à sauver les apparences, allant au plus pressé et au moins onéreux, le tireur-consommateur apporte, le matin même de la chasse, le "gibier" qu'il va occire dès l'ouverture des caisses qui le retenaient prisonnier. C'est la version française de l'auberge espagnole.

" Compte tenu des pertes subies immédiatement après le lâcher, de nombreuses sociétés sont tentées de ne lâcher que très peu de temps avant la chasse ... "
(Paul HAVET et François BIADI, Réintroductions et soutien d'espèces de petit gibier, revue Écologie Terre Vie, suppl. 5, 1990)

En réalité, la frontière entre gibier dit de repeuplement et gibier de tir est floue. Sachant les difficultés qu'ont les bêtes élevées en captivité pour s'adapter et vivre lorsqu'elles sont lâchées dans la nature, les lâchers de gibier de repeuplement se font de plus en plus tard en saison, et, quelquefois, on baptise gibier de repeuplement des volailles lâchées à la fin de l'été qui, quelques semaines plus tard, auraient été simplement qualifiées de gibier de tir.
Dans la majorité des cas, on tire puis on repeuple... Autant qu'il le faut pour pouvoir de nouveau tirer l'année suivante sans contrainte, et le cycle recommence.
Cela n'est pas sérieux, et bien souvent le gibier de repeuplement est un gibier de tir qui cache son nom, tant pour sauver les apparences que pour bénéficier de subventions de la part des Fédérations Départementales de Chasseurs, plus enclines à aider et donc à financer ce type de lâchers.
C'est en fait un système qui permet, certes à grands frais, de chasser sans se refréner.
Ces lâchers de printemps sont donc condamnables lorsqu'ils sont faits systématiquement chaque année, et, cachent une mauvaise gestion de la population gibier (aménagements inexistants, pression de chasse inadaptée...). De la même façon cette pratique entraîne des effets pervers sur la culture du chasseur, nous développerons plus loin cette importante question en posant les conditions dans lesquelles la réintroduction d'espèces gibiers dans la nature peut être effectué.


Les dangers de lâcher de gibier

Dès lors que la réalité est connue, peut-on se désintéresser des problèmes en ne se livrant pas soi-même a ces pratiques, mais sans les condamner? Ce serait là une grave erreur qui ignorerait les conséquences tragiques supportées par les chasseurs, mais aussi pour certaines, par tous les amoureux de la nature.

Pollution sanitaire

Les fortes densités d'animaux souvent rencontrées dans les élevages favorisent la réalisation des divers cycles parasitaires. C'est ainsi qu'au moment d'être lâché dans la nature, le gibier d'élevage est presque toujours porteur de germes qui ne demandent qu'à proliférer à l'occasion du stress, des souffrances et des privations qui accompagnent sa mise en liberté dans un milieu inconnu pour ne pas dire hostile. Ce sont ainsi de véritables bombes bactériologiques à retardement qui sont injectées au contact des populations d'animaux indigènes qui risquent alors d'être contaminées à leur tour.

Le gibier d'élevage véhicule des maladies communes mais aussi des maladies exotiques dans le cas de gibier importé. Le danger est alors plus grave car le gibier sauvage autochtone peut, devant une nouvelle maladie, se trouver génétiquement démuni et donc très vulnérable. Ainsi celui qui aura cru augmenter son cheptel le verra diminuer. L'ennui est que le mal touchera celui du voisin aussi.

La myxomatose est un exemple malheureux de ravages pouvant être causés par une maladie exotique. Introduite volontairement dans les années 50, nous connaissons tous les dégâts catastrophiques qu'elle a produit et qu'elle produit encore sur les populations de lapins de garenne.

Bien qu'elle ne soit pas la conséquence de lâchers de gibier, la myxomatose reste l'exemple le plus connu de ravages pouvant être causés à la faune indigène par un virus exotique.
Plus près de nous, le V.H.D. qui décime localement nos populations de lièvres d'Europe et de lapins de garenne est un exemple flagrant de l'introduction d'un virus asiatique inconnu jusqu'alors en France, véhiculé par les animaux importés à grand frais depuis des années en provenance des pays de l'Est.

L'introduction d'animaux étrangers peut être à l'origine d'une pathologie nouvelle notamment par introduction de parasites nouveaux (ex: Micipsella numidica chez le lièvre d'Europe centrale.) Le développement de foyers infectieux par lâchers d'animaux porteurs sains n'est pas évité par le contrôle sanitaire traditionnel. (Réintroductions et soutiens de populations d'espèces de petits gibiers Revue Écologie Terre Vie 1990).

Pollution et menaces d'ordre génétique

Rappel:

Le patrimoine génétique d'une population est encore appelé diversité, variabilité ou polymorphisme génétique. Cette diversité génétique est nécessaire car c'est elle qui assure a chaque espèce le maximum de chances de survie dans les conditions inconnues de demain.

Pour une même espèce, le patrimoine génétique varie en fonction de l'éloignement des populations, il est différent pour des animaux sauvages d'origine géographique différente (populations génétiquement éloignées), il est appauvri quand il s'agit d'animaux issus d'un petit noyau ayant évolué isolément ce qui est souvent le cas dans les élevages après plusieurs générations, (certains gènes se rencontrent alors avec une fréquence beaucoup plus élevée que dans les populations d'origine, d'autres au contraire ont carrément disparu).

L'avenir de notre faune indigène peut être menacé par l'apport dans ses populations locales d'animaux ayant un patrimoine génétique différent ou appauvri.

Il peut s'agir:
- de l'introduction d'animaux d'origine géographique différente pour améliorer la race locale.
- de lâchers d'animaux étrangers au territoire afin de redynamiser le potentiel de reproduction et les effectifs.
- de lâchers de repeuplement et de tir.

L'introduction d'animaux d'origine géographique différente:
Le lâcher d'individus d'origine géographique différente peut engendrer trois effets pervers. L'un est d'ordre physiologique, l'autre chromosomique, le troisième est lié à la non-adaptation au nouveau milieu.

L'effet physiologique:
Le croisement de mâles de forte corpulence originaires des pays de l'Est (où les animaux sont habituellement plus corpulents) avec des femelles d'Europe occidentale ou méridionale nettement plus petites, crée un problème physique de passage du foetus dans le bassin qui peut se solder par de nombreuses pertes lors des mises bas et avoir pour conséquence un faible taux de réussite dans la reproduction.

L'effet d'ordre chromosomique:
Les populations géographiquement éloignées ont parfois des différences génétiques très marquées consécutives à une longue évolution séparée. C'est ainsi que des races extrêmes d'une même espèce peuvent présenter des différences telles, qu'on serait tenté de les classer en espèces distinctes.
Il semblerait que le croisement d'individus indigènes avec des individus issus de populations génétiquement très éloignés peut aller jusqu'à poser des problèmes de fertilité, de viabilité des gamètes, voire de stérilité dans la deuxième génération comme c'est habituellement le cas avec des croisements inter-spécifiques (hybrides stériles).

L'adaptation génétique.
L'adaptation génétique d'une population locale ou d'une race est l'acquisition par sélection naturelle des caractères physiques ou physiologiques qui permettent à cette population de vivre en harmonie avec son milieu. Ces caractères transmissibles par hérédité sont inscrits dans les gènes. Il s'agit d'une adaptation à long terme qui ne doit pas être confondue avec l'acclimatation qui est une adaptation à court terme réversible et parfois " coûteuse ".
Nous distinguerons l'adaptation de l'acclimatation comme le proposent BERNARD et RUFFIE (1972), en l'illustrant par un exemple étudié par ces auteurs.

L'indien d'Amérique, né dans les hautes Andes possède des "méthémoglobines réductase" nettement plus actives que celles des Européens, il est génétiquement adapté à son milieu caractérisé par une raréfaction de l'oxygène. L'organisme d'un européen (qui n'est génétiquement pas adapté à la vie en altitude) devra faire un effort d'acclimatation en arrivant dans cette région. Au bout de quelques jours, il réagira au manque d'oxygène par une augmentation du nombre de ses globules rouges. En retour, cette forte polyglobulie est accompagnée d'une augmentation du risque de thrombose qui démontre qu'une acclimatation réussie est toujours inférieure à une adaptation génétique.

Les gènes caractérisant une aptitude particulière à vivre dans tel ou tel milieu peuvent être associés à d'autres qui donneront des effets physiques visibles (corpulence, couleur du pelage), ils peuvent également ne donner aucun caractère visible différent, et deux individus apparemment très proches peuvent en fait, être totalement différents et faits pour vivre dans des biotopes très distincts.

La distribution du chevreuil de couleur noire est principalement inféodée à la région de Hanovre (Allemagne). Cette forme mélanique semble plus adaptée à cette contrée où elle concerne 50% des effectifs. Elle se raréfie fortement quand on s'écarte de cette région. Ce chevreuil peut apparaître dans toutes les populations mais avec une fréquence extrêmement rare. Cette forme existait dans la forêt de Haguenau mais jamais dans les Vosges ou dans la montagne. L'aptitude supérieure de ce génotype noir (homozygote car le noir est récessif) dans cette région est sans doute due à des effets visibles de cet allèle ou a des allèles qui lui sont associés.

Dans le cas du lièvre variable (blanc hiver, brun-fauve en été), l'aptitude supérieure à vivre dans son milieu est directement liée à la couleur du pelage qui assure une protection par mimétisme contre les prédateurs. Nous avons dans ce cas un exemple d'adaptation avec un gène dont les effets sont visibles, les adaptations génétiques sont souvent le fait de gènes non visibles.

Le cas des cerfs: Cette adaptation géographique des populations permet d'expliquer les échecs d'introduction en France de cerfs élaphe originaires des pays de l'Est, dès lors qu'ils sont confrontés à la compétition avec la race géographique locale, beaucoup mieux adapté au climat français. On comprendra donc également pourquoi les essais d'introduction du Wapiti (Cervus elaphus canadiensis) en Europe se sont tous soldés par des échecs, cette espèce n'étant pas adaptée à notre continent.

Le cas des gallinacés: Certaines sous-espèces de gallinacés sont génétiquement très différentes malgré leurs fortes ressemblances morphologiques (RANDI 1990). Cette variabilité génétique différente peut s'expliquer par une adaptation de chacune des sous-espèces à son milieu. Ces phénomènes d'adaptations génétiques au milieu permettent d'expliquer les faibles résultats voire les échecs de certaines actions de lâcher de petit gibier de repeuplement (d'importation ou d'élevage), menées à grand frais par les chasseurs, car ces individus d'importation ou d'élevage ne sont pas adaptés au nouveau biotope.

Conclusion:
On constate donc que les individus indigènes (race locale) ont été, tout au long de leur histoire, adaptés à leur environnement par la sélection naturelle. Les individus non génétiquement adaptés ne supportent généralement pas la compétition avec les animaux indigènes adaptés eux, aux conditions locales. L'introduction d'animaux issus de souches génétiquement et géographiquement éloignées se solde donc la plupart du temps par un échec d'implantation.

" En effet, l'hybridation entre populations distinctes peut parfois détruire le complexe de gènes adaptés à chaque localité. Greig (1979, cité par Templeton 1986) signale qu'en Tchécoslovaquie, suite à la disparition du bouquetin Capra ibex ibex, du fait de la chasse, on a procédé à des introductions réussies de bouquetins provenant de zones proches situées en Autriche. Ultérieurement, pour conforter la population installée, on a procédé à des introductions de C. Ibex aegagrus de Turquie et de C. ibex nubiana du Mont-Sinaï. Suite aux diverses hybridations, la population s'est complètement éteinte car les individus étaient en rut au début de l'automne au lieu de l'hiver et la mise bas avait lieu en février, mois le plus froid. Cet exemple illustre le rôle joué par l'adaptation locale de différentes populations géographiques d'une même espèce. " (Introduction et réintroduction d'espèces, Geneviève BARNAUD, Muséum National d'Histoire Naturelle.)

On ne peut toutefois clore ce chapitre sans signaler qu'exceptionnellement, il peut arriver que des populations d'origine éloignée s'adaptent malgré tout, aux conditions d'un nouveau milieu. Les inconvénients présentés pour les souches indigènes persistent puisqu'il y a alors risque d'élimination de la race locale, soit par compétition directe, soit simplement par métissage.
Dans l'échelle des pollutions génétiques, l'introduction d'espèces voisines pouvant s'hybrider et donner des produits féconds est la plus dramatique pour la faune indigène. Elle entraîne une altération très importante du patrimoine génétique. Ce fut le cas en Grande Bretagne de l'introduction du cerf sika (Cervus nippon) qui s'hybride avec le cerf élaphe (Cervus elaphus).

Le cas des souches sélectionnées sur les qualités commerciales utilisées à fin de repeuplement.
Un exemple bien étudié aux États-Unis est celui du dindon sauvage (Meleagris gallopavo).
Après avoir lâché des individus originaires d'une souche domestique sélectionnée, avec un mâle sur huit femelles, pour renforcer la souche sauvage indigène "appauvrie". On a découvert que les oiseaux relâchés étaient inférieurs aux oiseaux sauvages pour chaque aspect de viabilité étudié. Leur cerveau, leur glande pituitaire, et leurs glandes surrénales étaient également d'un poids inférieur. Les dindons indigènes avaient davantage d'oisillons que les hybrides et une plus grande proportion de femelles réussissaient à élever leurs petits. On avait donc atteint les qualités commerciales des oiseaux au prix de l'abandon des qualités favorisant la survie dans la nature.

Sachant que toute sélection dirigée conduit à une perte de diversité génétique -et si cette sélection est sévère, la perte de diversité génétique le sera aussi - ces individus sélectionnés sur des qualités commerciales n'auront plus qu'un patrimoine génétique restreint. Il s'ensuit que leur potentiel d'adaptation en cas de changement de milieu sera lui aussi fortement réduit.

Lâchers d'individus ayant été élevés en milieu domestique et originaires de souches indigènes.
Même si ces individus n'ont pas été sélectionnés sur des caractères commerciaux, ils sont généralement tous issus d'un noyau initial de quelques reproducteurs et sont souvent élevés avec un sex ratio de 1 mâle pour 8 à 10 femelles. Il s'ensuit que leur patrimoine génétique pauvre au départ (quelques individus) s'est encore appauvri en raison d'un sex ratio défavorable (les individus issus d'un même père sont tous frères et soeurs). Cette perte de variabilité génétique créera une hypothèque sur le potentiel d'adaptation et d'évolution de la descendance de ces sujets.
Il est nécessaire de rejeter toute technique qui met en péril l'intégrité du patrimoine génétique des espèces sauvages. S'il est impératif de repeupler, il parait judicieux de le faire avec les individus issus de territoires proches, non domestiqués et non sélectionnés.

Altération des comportements vitaux

" Des modifications du comportement provoquées par la captivité ne peuvent jamais consister qu'en diminution, en atténuation des comportements instinctifs. "
Konrad LORENTZ

Pertes de comportements innés.
Il faut noter, au sujet des animaux d'élevage, que certains caractères héréditaires essentiels à la survie en liberté peuvent être altérés ou éliminés en quelques générations de captivité. A l'opposé, certaines tares rédhibitoires peuvent subsister en élevage alors qu'en liberté, les sujets atteints disparaîtraient sans pouvoir les transmettre.
Ainsi, la sauvagerie instinctive qui est un atout précieux dans la nature, devient une tare en captivité où les animaux les plus farouches sont aussi les plus stressés et ont tendance à être les premiers à périr. En élevage, ce caractère " sauvage " a donc logiquement tendance à disparaître au fil des générations.
D'une façon inverse, la généralisation de l'emploi de couveuses artificielles autorise les femelles dépourvues d'instinct maternel à se reproduire et à transmettre cette tare à leur descendance qui dans des conditions naturelles aurait péri. Ceci est notoire chez certains oiseaux de basse-cour depuis la généralisation dans nos campagnes de l'achat de poussins d'un jour. Ainsi actuellement, beaucoup de poules ne savent plus couver alors qu'il y a quelques années, presque toutes avaient cet instinct. Ce défaut, sans conséquences pour de la volaille ou du gibier de tir (ce qui est souvent la même chose), serait on s'en doute, autrement gênant pour du gibier destiné à un vrai repeuplement...

Perte de comportements acquis.
Bien qu'il paraisse impossible en l'état actuel de nos connaissances, de faire l'exacte distinction chez l'animal entre les comportements innés et ceux qui sont acquis, il est logique de penser que les comportements appris par imitation des adultes par les jeunes aient tendance à se perdre très vite en captivité où ils n'ont pas toujours de raisons de s'exprimer. Ceci peut concerner les parts acquises des comportements de défense contre la prédation et de recherche de nourriture.
L'action de se brancher pour dormir, commune chez certains gallinacés n'est peut-être pas innée puisque, bien qu'oubliée de leurs parents, des faisandeaux d'élevage guidés par des poules naines peuvent en faire l'apprentissage. De même, rien n'interdit de penser qu'une part au moins des comportements alimentaires est apprise par les jeunes au contact de leur mère. Ceci expliquerait les difficultés parfois rencontrées par les oiseaux d'élevage privés de cet apprentissage pour trouver leur subsistance dans la nature.
Quelle que soit la part de l'inné et de l'acquis dans les comportements essentiels à la vie sauvage, il est évident que la sélection artificielle et l'élevage ne peuvent en aucun cas favoriser leur transmission dès lors qu'ils ne sont pas essentiels aussi à la survie en captivité.

Influence sur la prédation

Principes de la prédation:
Nous excluons de la prédation la parasitose et la nécrophagie et nous accepterons la définition de l'écologiste allemand CURIO (selon BROSSET 1982). "La prédation est un comportement par lequel un animal fait quelque effort pour localiser une proie, puis quelque effort pour la tuer ou la mutiler et ce, dans le but de la consommer. "
Une étude en Amérique sur la prédation des cervidés par les loups a montré que ceux-ci prélèvent surtout des faons, des vieux, des malades. De même des travaux sur le buffle montrent que les lions s'attaquent aux vieux qui sont affaiblis par un parasitisme intense à la fin de leur vie.(BROSSET 1982)
Ces exemples nous montrent que souvent les prédateurs ne sélectionnent pas leurs proies sur les caractères quantitatifs, tels la taille ou le poids. Ils procèdent couramment suivant la loi du moindre effort.
Néanmoins des observations plus précises montrent que les prédateurs manifestent souvent une prédisposition naturelle à poursuivre dans un groupe l'animal le plus déviant de la moyenne. Dans une expérience faite en Allemagne on a lâché un groupe de pigeons bleus avec un pigeon blanc. L'autour se précipite tout de suite sur le blanc. Dans le cas contraire, lâché d'un pigeon bleu dans un groupe de blancs, l'autour choisira le bleu (BROSSET, 1982).
Les gnous dont les cornes ont été marquées par de la peinture blanche sont pris sélectivement par les lions. Il en est de même pour les grands ongulés qui sont la proie sélective des prédateurs aussi longtemps qu'ils ont une démarche titubante après l'anesthésie qu'ils ont subie pour les marquer. Cette préférence de la prédation s'adresse à tous les déviants, non seulement les déviants génétiques, mais aussi les autres, qui le sont devenus par des accidents corporels. L'explication la plus logique à cela semble être qu'instinctivement le prédateur comprend que l'animal différent des autres est plus facilement distingué dans le groupe et ne peut donner le change pendant la poursuite. En ce qui concerne les animaux paraissant blessés ou affaiblis, il est possible que cet état de faiblesse stimule l'attaque du prédateur en lui laissant, là aussi, entrevoir une issue facile.
Quoi qu'il en soit, les animaux lâchés présentent souvent soit des différences physiques (coloration, corpulence), soit des signes manifestes de faiblesse qui en font la proie toute désignée des prédateurs.

Effet sur l'autorégulation des populations prédatrices.
Des études nous démontrent que contrairement à ce qui est affirmé par certains: Les prédateurs ne régulent par les proies, mais c'est l'inverse qui se produit.
En effet, la quantité des proies agit directement sur la dynamique des populations prédatrices. Si le "garde manger " est copieux, les portées et les couvées seront menées à terme. Dans le cas contraire une partie des jeunes mourront.

Les conséquences en sont limpides: Il nous faut convenir que dans bien des cas l'introduction de gibier d'élevage pourra modifier considérablement le comportement et la densité des populations prédatrices.
a) Ces animaux par leur différence de comportement et leur sensibilité accrue à la prédation seront des cibles privilégiées.
b) En augmentant artificiellement et de façon massive les populations proies, on augmente parallèlement les populations prédatrices. (Après cela, on déclare la guerre au renard !!!)

Incidences sur les dégâts du gibier

Un des gros problèmes qui se pose à la chasse forestière est celui de l'indemnisation des dégâts. Or, on sait aussi que le gibier d'élevage commet plus de dégâts que son homologue sauvage. C'est très compréhensible. Un sanglier d'élevage par exemple, outre qu'il craint peu l'homme, ne sait pas chercher sa nourriture. Contrairement au sauvage qui "exploitera" d'abord les ressources naturelles de la forêt, il ira, lui, au plus facile: les champs cultivés. A l'heure où on ne sait plus comment payer la facture des dégâts, il conviendrait de la présenter, en priorité, aux partisans des lâchers.

Pollution cynégétique

Un animal élevé par l'homme, puis relâché dans la nature, présentera, sans être totalement domestique, un comportement d'autant moins sauvage qu'il sera partiellement " imprégné" à l'homme. Craignant moins ou pas du tout l'homme qui l'a nourri, soit il se défendra mal, et sa chasse ne présentera guère de difficultés soit, dans le cas du sanglier(*), son comportement pourra être à l'origine d'accidents concernant les chiens ou les chasseurs.

Certains amateurs du genre vous diront, pour justifier leur entreprise, que le tir d'un gibier, même lâché le jour même, présente quelques difficultés puisqu'il arrive que les tireurs le manquent. Nous rétorquerons d'abord que le tir n'est qu'une partie de l'art de la chasse, ensuite que le fait de manquer une prosaïque volaille ne l'élève pas pour autant au rang de gibier. Une casquette se manque, un plateau de ball-trap se manque, une pipe à la foire se manque ; pour autant il ne s'agit pas de chasse. Nous voulons, nous, du vrai gibier, difficile à traquer d'abord, et tout de même bien plus difficile à atteindre ensuite.

* Le sanglier habitué à être nourri par l'homme ne s'éclipsera pas discrètement quand des bruits de voix se font entendre ou quand lui parviendront les effluves d'une odeur humaine. Pour peu que son ancien lieu de captivité ait été proche d'un chenil, les aboiements des chiens ne l'effraieront pas davantage. C'est ainsi qu'au lieu de s'enfuir, il pourra avoir l'idée de défendre sa bauge face à l'envahisseur, avec tous les désagréments que cela peut entraîner pour le chien et pour le chasseur qui se voit parfois contraint d'abattre au ferme un sanglier qui ne s'est même pas fait chasser, et de conduire son fidèle compagnon chez le vétérinaire pour le faire recoudre...

Pression de chasse accrue sur le gibier naturel

Organiser un lâcher de gibier de tir par exemple, c'est attirer la grande foule des tireurs-consommateurs. Ce jour là, le territoire est ratissé. Bien entendu, les amateurs du genre n'hésitent pas à tirer le gibier naturel impossible à différencier au premier coup d'œil et qui ne peut s'échapper à la maille.
Une étude de l'Office National de la Chasse intitulé "Chasse à la perdrix: comparaison de la vitesse de réalisation du prélèvement entre oiseaux issus d'élevage et oiseaux naturels" Période d'étude de 1984 à 1989 dans le département de l'Allier.

" Plus d'un mois après leur lâcher, sur deux sociétés de chasse étudiées dans l'Allier, les perdrix d'élevage grises ou rouges apparaissent plus vulnérables à la chasse que les perdrix présentes à l'état naturel. Au premier abord, on pourrait ainsi avoir tendance à penser que la pratique des lâchers puisse contribuer à une certaine protection des perdrix naturelles, or on constate qu'il n'en est rien. Pour espérer atteindre cet objectif, il faudrait accompagner les lâchers de restrictions de prélèvement très importants, mais de telles mesures sont très rarement prises car le contexte dans lequel sont effectués ces lâchers ne s'y prête guère."

D'après les analyses des tableaux de chasse, il apparaît qu'à partir de la troisième semaine de chasse, le prélèvement concernant les oiseaux de souches sauvages devient plus important.

"Il semble que l'apport de gibier d'élevage augmentant artificiellement les densités d'animaux sur les territoires de chasse, mobilise une partie des chasseurs sur les espèces concernées et entraîne de ce fait, une augmentation sensible de la pression de chasse qu'elles subissent. Celle-ci ne s'exerce pas uniquement sur le gibier lâché mais sur l'ensemble des oiseaux présents."
" Les lâchers importants de perdrix réalisés en été n'ont pas permis une augmentation des populations naturelles. Il est clair qu'après plusieurs années de mise en oeuvre de cette pratique, la population de la perdrix grise n'a pas cessé de se dégrader."


Il est à noter que suite aux échecs de cette pratique, les chasseurs des communes sur lesquelles cette étude fut faîte, ont créé en 1991 un Groupement d'intérêt Cynégétique avec pour but la conservation des populations perdrix naturelles.

" Certaines sociétés de chasse n'ont pas pris conscience de la nécessité de gérer ou de reconstituer les populations naturelles. Elles ne s'inquiètent pas des causes de régression et se contentent d'en compenser les effets négatifs. Dans ces conditions, le gibier n'est lâché que pour satisfaire à court terme le chasseur. En conséquence il est fréquemment observé une baisse corrélative des populations naturelles de la même espèce, et un maintien d'une forte pression de chasse qui s'exerce aussi sur d'autres espèces, de façon non rationnelle, pouvant entraîner leur régression... "
(Paul HAVET et François BlADI, Réintroductions et soutiens de populations d'espèces de petit gibier 1990, Office National de la chasse, service technique.)

Dévalorisation cynégétique des espèces lâchées

Dès lors qu'une espèce fait l'objet d'une production par élevage en vue du repeuplement ou du tir, elle perd une partie de ses mystères et de l'intérêt que lui accordaient chasseurs et naturalistes. Elle devient espèce banale pour ne pas dire vulgaire, et les chasseurs comme les protecteurs se désintéressent de son sort puisqu'elle peut être produite en abondance. Ce désintérêt est un des principaux freins à la reconstitution de populations naturelles de petit gibier sédentaire, même dans des milieux qui seraient favorables.

Pollution culturelle, perte du savoir, et rôle anti-éducatif

Nous l'avons dit au début de la présente plaquette: la chasse concerne le gibier naturel. A cette seule condition, elle garde sa justification intrinsèque. L'homme est un prédateur et exerce sur le gibier un prélèvement qui correspond à sa nature humaine. La chasse c'est naturel et, condition sine qua non, ça ne peut être que naturel.
Dès lors, re-injecter dans la nature du gibier, conduit à la déculturation du chasseur. Il devient éleveur. Seulement voilà, l'élevage, autre activité de l'homme, ça se pratique différemment; en tout cas pas avec un fusil ou une carabine.

Celui qui se contente de tuer des cocottes lâchées la veille n'est déjà plus un chasseur, il est devenu un tireur-consommateur pressé de rentabiliser son permis. Il passe à côté de l'essentiel de ce qui fait la valeur de l'acte cynégétique. Les connaissance du milieu et des comportements du gibier ne lui sont plus nécessaires. Il suffit de lire attentivement le programme des lâchers, assister à l'ouverture des caisses et repérer où la "pauvre bête" se posera. Cet ersatz de chasse s'apparente davantage à la recherche d'œufs de Pâques cachés dans un jardin qu'à un véritable geste cynégétique puisque toute la difficulté consiste à retrouver les lieux de lâchers .
Vous avez dit " la chasse c'est naturel ". Et bien expliquez-nous ce qu'il y a de naturel ici!!!

Le rôle anti-éducatif des lâchers de gibier n'est pas à négliger. En effet le gibier de tir en chasse privée, en chasse communale ou en chasse commerciale, habitue les "chasseurs" à avoir l'assurance de leur stock de volaille à la suite de leur séance de tir. La mentalité "viandard" ne peut que s'en trouver confortée. Les aléas d'une vraie partie de chasse consacrée à la traque d'animaux sauvages disparaissent, le "tableau" est quasiment assuré. Une génération de chasseurs a été contaminée par ces pratiques perverses, il lui sera difficile de se reconvertir aux risques de bredouille et aux inévitables PMA liés à l'existence d'une vrai faune sauvage.

Réduction de la durée de la chasse

Toute la chasse du gibier de tir se résumant en une recherche rapide et facile de la proie avec presque à chaque fois la récolte de la volaille convoitée, l'acte cynégétique est perverti et se résume à : Tuer le plus possible en chassant le moins possible.

Sur la plupart des chasses non-commerciales où sont effectués des lâchers de tir, la fréquence de ceux-ci excède rarement quatre ou cinq pour toute la période d'ouverture.

Quand on sait qu'après un lâché, il faut environ deux heures pour que tout le gibier ait été repris et qu'il ne reste rien, on peut s'étonner de voir les chasseurs accepter passivement une telle réduction de la durée efficace de chasse. En effet, si l'on tient compte de cinq lâchers dans la saison, la durée de chasse au petit gibier sédentaire se réduit tout au plus à dix heures.

Investissement minimum au niveau de la protection des biotopes

Pour tirer des volailles, point n'est besoin de territoire. Cela peut se faire n'importe où, y compris sur un stade de football ou sur un terrain vague. Cela explique le peu d'empressement de certains chasseurs à s'investir financièrement dans la protection des biotopes. Cette dépense est, bien entendu, pour eux inutile.
L'interdiction du gibier de tir devrait sans doute mobiliser les chasseurs dans la défense des habitats et inciter l'agriculteur-chasseur à remettre en question ses techniques culturales.

La phagocytose des chasseurs par les tireurs-consommateurs

Les amateurs de kermesse à faisans et des ersatz de chasses faciles ne sont pas la minorité que certains de nos dirigeants voudraient nous laisser croire. Il suffit pour s'en convaincre de lire les postes "achats de gibier" dans le bilan de certaines sociétés de chasse, la filière française du gibier de chasse faisait état en 1989 d'une vente de plus de 12.000.000 de faisans de tir et 5.000.000 de perdrix. Il suffit aussi plus simplement d'ouvrir les yeux. Or ces tireurs ont les mêmes droits que les chasseurs:

  • ils votent et élisent les responsables qu'ils choisissent quelquefois dans leurs rangs;

  • ils concurrencent les vrais chasseurs lors des locations et adjudications, offrant des sommes folles pour des territoires qu'ils "rentabiliseront" en organisant des "tirés". Ces territoires nous échappent et sont ruinés;

  • enfin, parce qu'ils constituent une grande partie de la masse irresponsable. Ils sont un obstacle aux grandes réformes dont la chasse à pourtant besoin.


Il convient donc que le chasseur sérieux ne se désintéresse pas du problème car le cheval de Troie est dans la ville.

Multiplication des enclos

Sans vouloir nous étendre outre mesure sur le cas des " chasses closes " pudiquement appelées parcs de loisirs cynégétiques, il faut avoir conscience que la multiplication de tels enclos est favorisée par le tir de gibier d'élevage. En effet, la réduction de l'acte de chasse en un abattage payant organisé n'est rendue possible que par les lâchers répétitifs. Il s'agit véritablement d'une " chasse hors sol " puisqu'il se tue annuellement sur certains de ces territoires cent fois plus de gibier qu'ils ne pourraient en produire en laissant faire la nature. Bien que ce ne soit pas l'objet du présent document, il est bon de rappeler que les clôtures constituent parfois un véritable cloisonnement des milieux qui s'avère très préjudiciable à la faune terrestre en empêchant les déplacements normaux des animaux sauvages et rendant impossible le nécessaire brassage génétique.
En favorisant les enclos, la pratique des lâchers de gibier de tir contribue à l'affaiblissement de notre faune sauvage.

Distraction des finances des chasseurs

Quand une fédération de chasseurs octroie une subvention pour des lâchers, ce financement est pris sur l'ensemble des cotisations des chasseurs. Dans l'immense majorité des cas, l'argent serait mieux employé ailleurs, notamment pour l'aménagement et la protection des milieux, l'éducation des chasseurs etc...
Malheureusement ces postes ne sont pas porteurs de voix électives et de nombreux présidents de fédérations sont aussi des élus (maires, conseillers généraux, sénateurs, députés). Il n'est donc pas étonnant que les subventions pour le gibier, dit " de repeuplement ", versées directement aux chasseurs, trouvent là leur justification.

Mauvaise image de la chasse

Hier adulé, le chasseur est aujourd'hui mal aimé quand ce n'est pas franchement haï. L'image de la chasse est déplorable et le grand public qui condamne toujours les lâchers, ne s'y trompe pas. Ce grand public sera peut être un jour, dans un référendum d'initiative populaire, appelé à donner officiellement son avis. C'est peut-être pour demain. Il est grand temps de réhabiliter la chasse pour qu'elle puisse perdurer. Enfin, nous supportons mal de porter la honte collective d'agissements dont les auteurs ne sont pas des nôtres. Il faut balayer à notre porte.

" Trop de sociétés de chasse disposent de moyens financiers importants qu'elles n'utilisent pas pour rémunérer le droit de chasse ni pour faire des aménagements. Ces disponibilités sont alors souvent utilisées pour des lâchers. Compte tenu des pertes subies immédiatement après le lâcher, de nombreuses sociétés sont tentées de ne lâcher que très peu de temps avant la chasse, mais de tels lâchers de tir constituent une déviation de l'acte de chasse, désapprouvée par un nombre croissant de chasseurs et de non-chasseurs. "
(Enquête IFRES, office National de la Chasse)


Les arguments spécieux

Défendant l'indéfendable, les partisans des lâchers plaident pour leur coupable activité, employant souvent les arguments les plus spécieux, relevant parfois du paralogisme ou du sophisme. Nous allons voir ce qu'il faut en penser.

1 - On nous dit : "Si vous supprimez les lâchers de gibier, le nombre de chasseurs diminuera".

Faux! Seul le nombre des tireurs-consommateurs déculturés diminuera, et c'est heureux. Certainement nous rejoindront les vrais chasseurs qui avaient raccroché, écœurés. De plus notre discipline redevenue authentique fera parmi les jeunes de nouveaux adeptes qui ne semblent pas toujours attirés aujourd'hui tant notre activité a perdu de son authenticité.
En fait, sans être pour une politique malthusienne, ni pour l'élitisme, l'ANCER pense qu'il faut balayer et largement devant notre porte afin de réhabiliter notre activité.

2- On nous dit : " Sans gibier de tir, que deviendront nos chiens ?"

Ils redeviendront ce qu'ils étaient avant que n'existe le gibier de tir, et resteront chiens de chasse.
Il faut reconnaître que, si la présence de gibier est nécessaire au dressage, le fait d'en tuer beaucoup n'est pas si essentiel qu'on voudrait le faire croire. Il suffit que le chien ait compris que le coup de fusil de son maître est indispensable à la capture finale du gibier. Pour cela, il n'est point besoin de réaliser des tableaux impressionnants ni d'avoir recours à du gibier lâché.
Dans le cas de gibier sauvage, même si la capture est plus aléatoires, le chien rencontre le gibier nécessaire à son entraînement. Son apprentissage sera meilleur puisqu'il sera confronté à des animaux qui défendent chèrement leurs plumes et qui n'attendront pas de sentir son souffle chaud sur leurs rectrices pour filer. Si le gibier de tir peut parfois simplifier un dressage en permettant de répéter fréquemment des situations mal maîtrisées, ce sera toujours au détriment du développement des qualités naturelles du chien qui n'auront pas eu à s'exprimer face à un gibier qui n'en est pas un.

3- On nous dit alors : "Mais qui paiera les dépenses. Un pan entier de l'économie va s'écrouler".

a)- Quid de l'argent des Fédérations ?
Moins de permis, c'est évident, c'est moins d'argent, et sauf augmenter les cotisations, ce que nous ne souhaitons pas car la chasse doit rester une occupation populaire accessible à tous, les fédérations départementales de chasseurs verront leurs recettes diminuer.
Oui, mais il y aura moins de dépenses, puisque seront supprimées ipso facto les subventions accordées par les FDC. A leurs adhérents pour des repeuplements à l'emporte-pièce, quand ce n'est pas carrément pour du gibier de tir dont la dépense est habilement présentée.
Reste qu'il aura peut être un manque à gagner. Mais là aussi, il faut arrêter la gabegie dans la gestion des finances des fédérations. Est-il nécessaire d'organiser à longueur d'années les mêmes réunions, séminaires, colloques, symposiums et autres États Généraux dans des hôtels luxueux, en France ou à l'étranger, sachant que de toute façon, on ne tiendra pas compte des résultats, puisqu'il manque la volonté qui est le principal moteur. Il y a là, et ailleurs, des sommes importantes à économiser.
D'autre part, nous l'avons vu, une faune vraiment sauvage sera facteur de moins de dégâts de grand gibier. Moins de dégâts, donc moins d'indemnisations et partant de là, de l'argent frais pourra être reversé aux FDC. Pour ce qui est des dépenses intrinsèquement cynégétiques, le problème n'est donc pas insoluble.
Encore faut-il que ces difficultés, prédites comme autant de raisons de ne rien changer, par les adeptes du gibier de tir, soient vérifiées. Certains faits récents semblent démontrer qu'au contraire, il n'y a pas lieu de s'alarmer. Par exemple, on peut noter une stabilisation du nombre de permis, voire une augmentation dans les meilleurs cas, sur les G.I.C. constitués depuis plusieurs années et où les mesures de gestion commencent à porter leurs fruits.

b)- Quid de l'économie induite par les lâchers?
D'abord on peut penser qu'il y aura simple transfert. Les amateurs de kermesse à faisans iront dépenser leur argent dans d'autres activités. Ensuite, il faut bien dire que l'alibi économique ne peut tout justifier.
On s'attaque aujourd'hui, à juste titre, a l'alcool ou au tabac. Le gibier de tir notamment est à la chasse un véritable cancer, on ne peut le traiter à l'homéopathie.
Reste le problème des éleveurs qui n'ont pas tous les torts car ils n'ont fait que répondre à la demande. Bien entendu, ils pourront continuer à vendre directement au consommateur, sans passer par le tireur. Mais il faut reconnaître que le marché déjà existant, ne pourra compenser celui généré par les tireurs-consommateurs. Ces derniers en effet, achètent ces "volailles" surtout pour les tirer, et accessoirement les manger. Qu'ils ne puissent plus les tirer, et beaucoup s'en désintéresseront. Donc il y aura indéniablement une perte pour les éleveurs.
L'ANCER propose qu'un quota d'emplois cynégétiques soit réservé à ceux qui en feront la demande et accepteront la formation qui leur sera proposée.

Ce que propose l'ANCER

Interdiction immédiate de tout lâcher de gibier de tir: Cette mesure est simple et se passe de commentaires.

Réglementation des lâchers de réintroduction: En liminaire, il faut souligner que nous préférons le terme "réintroduction" à celui de "repeuplement". Nous avons vu, en effet, que le mot "repeuplement " galvaudé, ne veut plus rien dire puisqu'il concerne les lâchers les plus divers, voire des lâchers de tir qui cachent leur nom. Il faut donc garder à la chasse son vrai sens qui est la poursuite d'un gibier naturel et pour ce faire, être rigoureux dans son action. Il faut admettre cependant que l'on puisse souhaiter faire revivre, un territoire ruiné par la chasse pratiquée avec excès, soit même par le fait de l'homme non-chasseur.
Concernant les méthodes et moyens à utiliser pour la conservation ou réintroduction de souches naturelles, nous éviterons les détails techniques, nous demandons au lecteur de se reporter aux nombreux ouvrages établis par divers organismes et personnalités dont nous dressons une liste non exhaustive en annexe.

Nous rappellerons simplement les points essentiels:

  1. Toute tentative doit être obligatoirement précédée d'une étude sérieuse des potentialités du milieu et d'une estimation des densités naturelles encore existantes.

  2. Il faut faire en sorte que le territoire s'y prête par sa qualité, ou à défaut l'aménager. On ne repeuple pas la place du village.

  3. Il faut également qu'il s'y prête par sa superficie. On ne peut espérer obtenir une population viable sur une chasse dont la surface est inférieure à celle du domaine vital de l'espèce à gérer. Partant du principe que les animaux sont soumis aux lois de la nature mais ignorent tout des lois humaines, il faudra que le chasseur s'adapte aux exigences du gibier en s'entendant si nécessaire avec ses voisins pour constituer une unité de gestion (GIC par exemple) compatible avec les impératifs biologiques de l'espèce à réintroduire.

  4. Il faut bien-entendu, que l'espèce dont la réintroduction est envisagée soit compatible avec le biotope. (Aujourd'hui, il se fait n'importe quoi. On voit parfois du faisan lâché dans les vignes du midi ou des perdrix rouges sous les pins maritimes de la forêt landaise, à quand le chamois en plaine ? )

  5. La réintroduction doit impérativement s'accompagner de la mise en place d'un plan de gestion et d'un plan de chasse, limitant les prélèvements en fonction des possibilités des populations (sans limitation de la pression de chasse c'est la ruine assurée). Bien entendu, ce plan de chasse doit rester égal à zéro tant qu'un prélèvement n'est pas devenu supportable et que l'espèce n'assure pas d'elle-même sa pérennité.


"L'aménagement du terrain reste toutefois qu'un des aspects du problème. Une saine gestion de la chasse est nécessaire et en particulier la limitation du nombre d'oiseaux abattus chaque année est primordiale. A quoi servirait-il de posséder un territoire calme, offrant nourriture et couvert à profusion s'il ne reste après la chasse qu'une quantité insuffisante pour l'occuper en totalité et reconstituer une population convenable?"
(la perdrix grise, écologie et aménagement des chasses, P. THONON,Y. ALLION, B. OCHANDO, M. DENIS)
A ces seules conditions, notre pays retrouvera une faune vraiment sauvage pour le plus grand plaisir de tous, chasseurs et amoureux de la nature.

Conclusion

" Il y a un grand orgueil à se croire capable de corriger la nature. " Alexis CARREL

Par ses effets pervers, par ses répercussions toutes négatives, par l'image lamentable qu'il donne de notre activité, le lâcher de gibier est le chancre gangreneux de la chasse française. Il n'est plus temps de tergiverser, il faut amputer! L'heure n'est plus aux discussions, elle est à l'action.
Il faut ouvrir les yeux, et les chasseurs sérieux ne doivent plus dans une pseudo-solidarité qui devient suicidaire cautionner ces pratiques.
Il faut redonner à la chasse son authenticité, il faut que le chasseur retrouve dans la cité la place qui est la sienne.
Les échecs de cette politique, concrétisés par la poursuite de la régression doivent amener le monde de la chasse à s'orienter vers de véritables reconstitutions de populations naturelles, par arrêt temporaire des prélèvements, aménagement du territoire, adoption de mesures de protection pour limiter les pertes accidentelles, puis enfin réintroduction accompagnée d'une gestion rigoureuse des populations nouvellement installées.

Évoluer dans la rigueur ou disparaître
Tel est le choix simple qui s'offre aujourd'hui à la chasse française.

 

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