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Abus sur les palombes :
Les palombes ne passeront plus
Pigeon ramier : gestion des populations migratrices
 
 
 
 
 

   
Abus sur les palombes : les palombes ne passeront plus


Journal Sud-Ouest du vendredi 23 janvier 1998

 Les palombes ne passeront plus


Les comptages effectués à l'initiative des chasseurs dans la péninsule Ibérique démontrent que les populations de palombes sont en chute libre. Des mesures de gestion draconiennes s'imposent.

PIERRE VERDET envoyé spécial

 Navalcan,150 kilomètres à l'ouest de Madrid, au pied de la Sierra de Gredos.

Le jour se lève sur la Dehesa. Les prairies piquetées de chênes verts ne sont que chants d'oiseaux. Des vols de grues et de Vanneaux défilent déjà sur les nuages servant d'écharpe au pic d'Almanzor, lorsque soudain monte des bosquets un ronflement sourd. Des centaines, des milliers de palombes prennent leur envol. Elles tournent au ras des arbres, montent, piquent, s'amusent de quelques rafales de vent d'ouest, avant de se regrouper en longues bandes et de mettre le cap à l'est vers le soleil levant. Dans ce sanctuaire de faune sauvage s'étendant sur les terres d'une ferme expérimentale, 28.000 pigeons ramiers seront comptabilisés. Ce matin, à l'aube, des terres sauvages de l'Estrémadure à la grande réserve d'EI Pardo aux portes de Madrid, 350 observateurs attendaient ainsi la sortie des palombes de leurs dortoirs (1).

Les chasseurs d'Aquitaine, d'Espagne et du Portugal voulaient savoir, en finir avec les approximations et les théories hasardeuses. Celles qui font passer les palombes, plus haut, plus loin, plus à gauche, plus à droite, la nuit, sur la mer, bref ailleurs, lorsqu'il s'agit d'expliquer le pourquoi d'une mauvaise migration et de se rassurer sur l'avenir. L'heure était venue de passer aux actes, afin de répondre à une question essentielle pour la gestion de l'espèce: combien de palombes passant sur notre région et alimentant la chasse à l'automne hivernent ensuite dans la péninsule Ibérique et en repartent au printemps pour aller se reproduire au nord de l'Europe.

 CÔTE D'ALERTE DÉPASSÉE

Aujourd'hui, il n'y a plus de secret. Les craintes des nombreux paloumayres, qui n'avaient pas la chance d'être placés sur le couloir central de la migration - encore bien servi les dernières saisons- et constataient le dramatique déclin du passage, trouvent leur confirmation dans la réalité des chiffres.

Il y a vingt-cinq ans, le scientifique français Jean Barriety estimait à 15 millions la population des hivernantes de l'autre côté des Pyrénées. Il y a quinze ans, son homologue espagnol, le biologiste F.J. Purroy, était descendu à 8 millions. Il y a deux ans, les chasseurs de la péninsule avançaient encore le chiffre de 5 millions. Les naturalistes des associations de protection, eux prédisaient, l'année dernière, qu'il n'en restait pas plus de 3 millions.

D'après les résultats des deux opérations de comptage qui ont été réalisées début décembre et début Janvier en Espagne et au Portugal (lire par ailleurs) les effectifs ne dépasseraient pas 1 million d'oiseaux ! Ce qui signifie que la cote d'alerte est largement dépassée et que des mesures de gestion draconiennes doivent être immédiatement prises, pour préserver l'avenir de la population des grandes migratrices. Les faits sont là et il ne faudra pas longtemps tergiverser en se renvoyant les responsabilités d'un côté à l'autre de la frontière. Les chasseurs espagnols et portugais ont autant de droits et de devoirs que les français sur un oiseau européen. A ceux qui voudraient critiquer les chasses commerciales en Estrémadure, ou dans la région de Setubal, où certains postes de tir se louent cette année jusqu'à 80 000 francs, les Espagnols et les Portugais auraient beau jeu de répliquer que des cols basco-béarnais coûtent le double.

AU PIED DU MUR

La pression de chasse sur l'oiseau bleu a gonflé dans ces trois pays au point de devenir critique pour l'espèce. A cet égard, la légèreté de certains de nos dirigeants cynégétiques nationaux, qui avançaient sans aucune preuve que les populations étaient en plein essor et demandaient la légalisation de la "destruction" de la palombe soudain devenue nuisible lorsqu'elle remonte au mois de mars, pour le seul plaisir de prolonger la saison d'un mois, fait froid dans le dos.

Mais l'heure ne doit pas être à la polémique; mieux vaudrait passer à l'action. Les responsables de la région cynégétique aquitaine, qui, depuis plusieurs saisons déjà multipliaient les opérations de baguage et de comptage, ont eu le courage d'aller au bout de leur recherche de la vérité. Ils sont désormais su pied du mur et à un tournant de leur histoire. Si les chasseurs sont les premiers gestionnaires de la nature, comme ils aiment l'affirmer, le moment est venu de le prouver. Sinon, la nature aura tôt fait de démontrer que, lorsqu'un équilibre est rompu, les catastrophes se précipitent.

1-Cette saison dans la péninsule Ibérique, les palombes sont allées directement au Portugal, où elles avaient terminé l'hivernage en 1997. Mais la fructification des glands dans la " Dehesa " de chênes-lièges ayant été mauvaise, elles sont rapidement revenues en Espagne, où elles se sont éparpillées en janvier, après avoir été parfois très concentrées en décembre, où l'on avait dénombré, par exemple 400.000 oiseaux sur un dortoir à l'est de Caceres.

 Opération internationale

Le dénombrement des populations de palombes hivernant dans la péninsule Ibérique est réalisé à l initiative des chasseurs d'Euskadi et de la région cynégétique Aquitaine. Cette région regroupe les fédérations de Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques, mais pas encore celle des Landes.

Le financement est assuré par le Fonds de coopération Aquitaine-Euskadi et les fédérations de chasseurs déjà citées. Celles-ci apportent également une aide en matériel et en techniciens, pour les opérations de comptage, comme les autonomies espagnoles et le ministère de l'agriculture portugais.

La première phase de l'opération avait consisté à répertorier les dortoirs où les palombes se concentrent le soir en fonction des périodes. On avait ainsi recensé en recoupant toutes les informations, 193 sites (116 en Espagne, 77 au Portugal). Dans le cadre de la seconde phase, on vient de procéder à deux comptages simultanés, c'est-à-dire le même jour et à la même heure, lorsque les oiseaux quittent ces dortoirs.

RIEN DE PLUS AU MAROC

Plus de 350 techniciens cynégétiques et forestiers, gardes-chasse et ornithologues des trois pays étaient chargés de ce travail dont le plan avait été élaboré par le biologiste espagnol Antonio Bea, directeur du bureau d'études environnementales Ekos, à San Sebastian. L'opération était également coordonnée par Chema Fernandez, un vétérinaire-naturaliste de Vitoria, pour l'Espagne, Mario Cordeiro (direction générale des Eaux et forêts) et Alberto Cavaco, (directeur de la chasse au ministère de l'agriculture), pour le Portugal. Richard Beitia (directeur des services techniques de la fédération des Pyrénées-Atlantiques) et Jesus Veiga (docteur en biologie et directeur de la fédération de Gironde) représentaient l'encadrement français. Afin de tout verrouiller, les organisateurs de l'opération ont voulu s'assurer que des palombe n'avaient pas traversé la Méditerranée. Aussi, une prospection a également été effectuée dans le nord du Maroc, lors du second comptage. Comme on pouvait s'y attendre, elle n'a rien donné. On ne trouve là-bas que quelques pigeons ramiers sédentaires. Une dernière opération de comptage sera effectuée dans la péninsule Ibérique début février... La synthèse officielle est prévue pour avril.

P.V.

 

Le seuil critique est atteint

LA POPULATION de grandes migratrices, sur lesquelles repose la chasse est menacée à court terme. Explications d'un scientifique.

Toutes les palombes ne migrent pas jusqu'en Espagne et au Portugal. Seules les grandes migratrices, se reproduisant principalement en Scandinavie et au nord-ouest de la Russie, descendent hiverner dans la péninsule Ibérique.

A l'opposé, il existe des oiseaux complètement sédentaires, notamment en Grande-Bretagne. Ces pigeons ramiers, contrairement à ce que pensent encore certains chasseurs, ne franchissent jamais la Manche. Seule une terrible vague de froid peut pousser quelques individus sur notre sol. En revanche, ils traversent en nombre le Channel... dans des containers réfrigérés pour alimenter le marché du surgelé et des conserveries. On retrouve également des oiseaux sédentaires en France et dans plusieurs pays de l'Europe de l'Ouest. Entre les grandes migratrices et les sédentaires, on distingue encore la catégorie des moyennes migratrices. Celles-ci nichent par exemple en Belgique, aux Pays-Bas, au sud de l'Allemagne ou à l'ouest de l'Autriche, et se répartissent plus bas durant la mauvaise saison, en fonction des conditions météorologiques et des disponibilités alimentaires.

" Ce sont des oiseaux de cette dernière population que l'on retrouve en hivernage un peu partout en France, et en particulier dans notre Sud-Ouest, explique le biologiste Jésus Veiga. Il faut savoir que 60 % de ces palombes sont sédentaires dans le nord de l'Europe et que les 40 % restants migrent sans franchir la chaîne pyrénéenne. Leur mouvement migratoire n'intervient pas avant début novembre, alors que celui des grandes migratrices, se rendant dans la péninsule ibérique, se déroule essentiellement en octobre. "

PRESSION DE CHASSE ET AGRICULTURE

Les grandes migratrices sont donc le support de la chasse traditionnelle dans notre région, celles des cabanes, des palombières et des cols basco-béarnais, puis de la chasse pendant l'hivernage en Espagne et au Portugal. Or l'enquête tend à démontrer que cette population est en forte baisse. " Elle ne fait que confirmer nos craintes. Dès le début des années 90, les scientifiques de l'ex-URSS avaient noté une chute spectaculaire des effectifs nicheurs ", poursuit le scientifique, également membre de l'OMPO (1).

Les effectifs de moyennes migratrices, celles qui alimentent l'hivernage de notre région, sont-ils en meilleur état ? Malheureusement non, avoue Jésus Veiga. Les hivernantes sont moins nombreuses dans le Grand Sud-Ouest qu'il y a quelques années. La pression cynégétique s'est renforcée de façon considérable sur cet oiseau sur tout le territoire français, mais elle ne doit pas être la seule responsable de cette diminution. Cette population paie également la note des semences enrobées de produits toxiques, qui ont été la cause de véritables carnages dans le centre et le nord du pays et sans doute, certaines campagnes d'empoisonnement des rongeurs aux anticoagulants."

" L'âge d'or que nous avons connu par exemple en décembre 1993, avec 841.500 oiseaux comptabilisés dans les départements du Sud-Ouest -Gers, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Lot-et-Garonne et Gironde n'est malheureusement plus d'actualité. Désormais, la moyenne globale ne dépasse plus les 360.000 sur la même zone. "

La situation générale est donc inquiétante. a Il est évident que la situation s'est dégradée très vite. Nous sommes arrivés aujourd'hui à un seuil critique, avoue le scientifique. Il faut gérer les populations d'hivernantes, comme celles des grandes migratrices. L'intérêt des chasseurs est de se limiter immédiatement, s'ils veulent pouvoir continuer à prélever d'une façon normale demain. "

Question fondamentale: avec un effectif de 1000 000 de grandes migratrices remontant nicher au nord de l'Europe au printemps, combien peut-on espérer retrouver d'oiseaux l'automne suivant ?

" Ces oiseaux sont malheureusement les moins productifs, explique Jésus Veiga, puisqu'ils arrivent tard sur leurs lieux de nidification, en avril-mai. Ils n'ont le temps d'effectuer en principe que deux couvées, contre trois pour des moyennes migratrices, voire quatre pour des sédentaires. Quand on sait que le pigeon ramier pond deux oeufs et qu'il faut tenir également compte des maladies, des accidents et des prédateurs, on estime statistiquement qu'un adulte grand migrateur donne vie à un peu plus d'un jeune. Mais comme des adultes meurent de vieillesse, la population ne fait que doubler. Avec 1 million, on n'obtient donc que 2 millions, ce qui est faible. "

D'autant plus faible que, selon un sondage Sofres réalisé à la demande des chasseurs en 1995-1996, on prélevait à l'époque - avant l'aggravation de la chute des stocks - plus de 1 million de palombes au cours de la migration dans le seul Grand Sud-ouest. De l'autre côté des Pyrénées, en Espagne et au Portugal, on estimait également à plus de 1 million le nombre de palombes tuées pendant l'hivernage.

Des chiffres qui se passent de tout autre commentaire.

P.V.

(1) OMPO, oiseaux migrateurs du paléarctique occidental.

 

Interdire la vente et limiter la chasse

 Quelles décisions peuvent être prises pour redresser la situation dès la saison prochaine ? " Il est évident que des mesures s'imposent, affirme Henri Sabarot, président de la région cynégétique aquitaine. Toute la crédibilité du monde de la chasse est engagée dans cette opération qui doit devenir exemplaire. Elle sera la preuve que nous n'avons besoin de personne pour mener des études scientifiques et fixer nous mêmes les mesures de gestion qui s'imposent. "

" C'est la vraie chasse traditionnelle, celle de la migration, qu'il faut défendre. Pas les pratiques déraisonnables sur les hivernantes et les chasses commerciales, poursuit-il. Il est clair pour ma part que la palombe, comme les autres migrateurs, n'a pas sa place à l'étal d'un volailler. Il faut aussi que des régions éloignées de notre culture arrêtent de mépriser le " pigeon " et le tirent comme un plateau de ball-trap à longueur d'année. Il est tout aussi indispensable que cessent les empoisonnements dus à l'agriculture. La prise de conscience doit être nationale mais il faut que l'Espagne et le Portugal nous accompagnent. "

Même son de cloche du côté de la Fédération des Pyrénées-Atlantiques. " Il faut une nouvelle réglementation, confirme Jean Saint-Josse. La chasse traditionnelle de migration est, bien entendu, prioritaire. Il faut réglementer sévèrement sur l'hivernage et examiner de près la question de la vente. Nous allons nous réunir très vite entre responsables aquitains, pour définir une politique commune de gestion, puis nous interpellerons toutes les autres parties concernées, que ce soit en France ou à l'étranger.

Une réunion devrait avoir lieu dès le 9 février à Lisbonne. " Les responsables du ministère de l'agriculture portugais sont prêts a diminuer encore la pression sur l'hivernage qui est déjà limitée à deux jours par semaine ", affirme Antonio Bea.

LE POIDS DES AUTONOMIES

Tout risque d'être plus compliqué en Espagne, où chaque autonomie a la maîtrise de la chasse sur ses terres et où les propriétaires des grandes fincas pratiquant la chasse commerciale à la palombe, risquent de mal accepter des limitations. " Mais celles-ci ont déjà malheureusement commencé, poursuit Antonio Bea, puisque les tableaux de cette saison sont ridicules, ce qui confirme par ailleurs les faibles quantités d'hivernantes dans la péninsule. "

" Nous allons faire le tour des autonomies pour expliquer la situation, annonce Inigo Mendiola Gomez, responsable de la faune sauvage pour le Gipuzkoa, et nous avons bon espoir d'obtenir des résultats. "

Coïncidence comique et dramatique à la fois, les autonomies de Gipuzkoa et Navarre, viennent d'obtenir - en faisant pression sur les politiques et en déclenchant une terrible polémique que ces résultats vont encore gonfler - le droit de tirer la palombe lors de la remontée jusqu'au 22 mars, en faisant valoir que les Français faisaient de même de l'autre côté de la chaîne, ce qui n'est plus le cas ! Comme mesures de gestion, on attend mieux...

Interdire la vente, réduire les périodes et la pression de chasse des deux côtés des Pyrénées, sont les deux mesures souhaitées en tout cas par tous les vrais paloumayres de notre région qui vont attendre impatiemment les résultats des premières réunions.

P.V.

Les propositions de l'ANCER > cf. chapitre suivant "Pigeon ramier..."

 

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