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Pigeon Ramier : gestion des populations migratrices
   
Chapitre I : classement des populations


Le présent document, issu de la contribution de l'ANCER aux travaux du groupe de réflexion présente quatre volets :
1] Un rappel sur les différentes populations de pigeons ramiers susceptibles d'être chassées en France, distinguées en fonction de leur habitudes migratoires.
2] Un rappel de l'évolution de la pression et des pratiques de chasse sur l'espèce depuis soixante ans.
3] Un tour d'horizon des moyens de gestion à la disposition des chasseurs.
4] Une liste de propositions concernant la gestion des différentes population.

Classement en différentes populations en fonction de l'aptitude à la migration :
Répartition :
Le pigeon ramier, chassé dans le Sud-ouest sous le nom de palombe, occupe une vaste aire de répartition qui couvre pratiquement toute l'Europe et déborde sur l'Afrique (Maghreb)  et l'Asie (Turquie, Iran, Caucase...).

N.B. La carte ci-contre indique les secteurs de présence du pigeon ramier sans tenir compte de la densité.
Celle-ci varie considérablement selon les zones.
Elle est nettement plus importante dans la partie occidentale de l'aire de répartition.

Rappel des règles générales :

Chez les palombes comme chez les autres oiseaux, l'instinct migratoire est le fruit d'un long processus d'adaptation.

Quand une espèce a une répartition géographique très large du nord au sud, les caractéristiques migratoires des différentes populations géographiques varient parfois de façon importante. C'est le cas de notre oiseau dont l'aire de nidification s'étend sur plus de quarante degrés en latitude et dont le comportement peut aller du nomadisme le plus complet à la sédentarité totale.

Classement des populations par aptitude à la migration :

Dans la partie occidentale de l'aire de répartition, les populations de palombes peuvent être classées en trois grands groupes en fonction de leur comportement migratoire :

Les grandes migratrices (en bleu sur la carte) qui viennent principalement des régions où l'hiver arrive très tôt et cède la place au printemps très tard. Ces oiseaux quittent leurs zones de nidification dès que la mauvaise saison se présente et ne peuvent les réoccuper qu'après la fonte des neiges. Comme leur instinct migratoire est très marqué, ils iront de préférence hiverner loin de leur région d'origine, tout à fait au Sud. L'aire d'hivernage des grandes migratrices passant en France se situe au Sud de l'Espagne et du Portugal. Ce sont les oiseaux qui franchissent les Pyrénées en octobre et remontent pour grande partie en mars.
Les moyennes migratrices, issues surtout des zones où l'hiver dure moins longtemps. Le temps passé en dehors des zones de nidification étant plus réduit, elles ne peuvent pas aller très loin vers le sud. Elles partent plus tard que les précédentes et remontent un peu plus tôt. Ces palombes nous arrivent en novembre du Benelux, du Danemark, de l'Ouest de l'Allemagne, du sud de la Scandinavie, passent l'hiver en France et commencent à remonter dès le début de février. Les dates de départ s'échelonnent en fonction des destinations.
Les sédentaires, (en vert sur la carte) qui occupent les régions tempérées (pays méditerranéens et pays à influence océanique marquée) où elle peuvent passer l'hiver sans trop de casse. Elles n'ont aucune raison d'être migratrices d'autant plus que la sédentarité leur permet d'être sur place pour nicher très tôt en saison dès les premiers beaux jours. Les déplacements erratiques qu'effectuent parfois ces oiseaux en hiver à la recherche de nourriture ne sont pas des migration à proprement parler.

Dans les deux premiers cas, plus que les changements de température, ce sont les modification de la durée du jour qui induisent les modifications hormonales déclenchant la pulsion migratoire.

Vision plus détaillée :

Au delà de la théorie qui affecte un comportement migratoire donné à chaque population locale étudiée, on peut considérer que ces populations ne sont pas tout à fait homogènes et que si se dessine une tendance générale moyenne, il existe naturellement des variations d'instinct migratoire au sein de chaque groupe géographique. Grâce à ces différences de comportement, Tous les individus d'un même secteur de nidification ne risquent pas d'être anéantis en cas d'accident climatique majeur qui frapperait une même zone d'hivernage.

Partant de ce principe d'hétérogénéité, il serait plus judicieux de dire que toutes les populations sont mixtes en terme d'instinct migratoire avec une fréquence plus marquée du type « grandes migratrices » au fur et à mesure que l'on remonte vers des régions plus froides, « moyennes migratrices » dans les zones médianes et une tendance de plus en plus poussée vers une sédentarité totale quand on descend vers les zones où l'hiver est clément. Ceci d'ailleurs ne contredit pas la règle qui dicte l'échelonnement des départs en fonction de la précocité et de la durée de l'hiver, ni celle qui veut que dans les régions au climat extrême, les palombes sont pratiquement toutes des voyageuses au long cours et qu'elles sont totalement sédentaires dans les zones tempérées.

Cette mixité des populations peut expliquer les remontées précoces de quelques palombes à hivernage ibérique qui s'observent en février (il s'agirait de la petite proportion des migratrices transpyrénéennes à nidification moins nordique), et le départ des dernières hivernantes aquitaines après la mi-mars, (il s'agirait alors de moyennes migratrices à nidification nordique).

La règle générale veut néanmoins que les palombes transpyrénéennes soient principalement des oiseaux d'origine nordique ou continentale et que celles qui hivernent en France soient en grande majorité des oiseaux qui viennent de moins loin.

Ci-contre, les aires de nidification (vert) et d'hivernage (bleu) des pigeons ramiers transitant par la France.

Si les couloirs de migration sont susceptibles de dériver de quelques dizaines de kilomètres en fonction des vents, et si quelques palombes d'origine continentale contournent parfois le Massif Central par le sud-est en octobre, puis longent les Pyrénées pour traverser au pays Basque, il n'en demeure pas moins qu'à l'automne,  les deux flux principaux de migration convergent vers le Sud-ouest de la France. 
Les oiseaux continentaux ouvrent la marche, aussitôt suivis par les scandinaves.
Cette forte densité du passage en Aquitaine suffit à elle seule à expliquer pourquoi la pratique de la palombière y est née il y a bien longtemps, au confins des départements des Landes, de la Gironde et du Lot-et-Garonne et pourquoi la chasse aux pantières a été inventée par les Basques.
Les trajets représentés en jaune sont ceux de la migration post-nuptiale.
Les trajets de retour n'ont pas été représentés. 
A cette époque, une part non négligeable de la traversée des Pyrénées se fait par les Pyrénées-Orientales.

Alors que certains auteurs affirmaient que l'Afrique du Nord était la destination finale de nombreuses palombes migratrices, les comptages récents effectués aux abords du détroit de Gibraltar tendent à démontrer que les échanges entre l'Europe et l'Afrique sont au contraire insignifiants.
Les vols de palombes observés en hiver au Maroc ne seraient donc que des regroupements hivernaux de palombes originaires d'Afrique du Nord. 
Il n'est toutefois pas interdit de penser qu'au temps où les effectifs transpyrénéens étaient beaucoup plus importants qu'aujourd'hui, un certain nombre d'oiseaux européens pouvait partir rechercher des ressources alimentaires plus au Sud. 

Sélection naturelle et sélection cynégétique

Sélection naturelle

Tous les spécialistes s'accordent à dire que le degré du caractère migrateur est transmis en grande partie par l'hérédité. Dans ce cas, en l'absence d'autres interactions, le climat hivernal sur les zones de nidification peut être considéré comme le principal moteur d'une sélection naturelle favorisant la fréquence plus ou moins marquée des comportements migratoires au sein d'une population donnée. Par exemple, seule les grandes migratrices à départ précoce et arrivée tardive ont une chance de survivre dans les régions les plus froides. Le caractère sédentaire y est donc éliminé. Inversement, dans les régions aux hivers doux, ce caractère est favorisé car il permet aux oiseaux qui en sont porteurs d'être sur place pour nicher dès les premiers beaux jours.

On ne peut bien sûr pas totalement exclure une certaine capacité d'apprentissage. Ceci pourrait expliquer la fréquentation de mêmes dortoirs chaque année sur les lieux d'hivernage (en cas de disponibilité alimentaire constante).

Sélection par la chasse

Il faut savoir que la chasse des palombes limitée autrefois au seul Sud-ouest de la France, s'est étendue sur l'ensemble de ce pays ainsi qu'à l'Espagne et au Portugal où on ne les chassait pratiquement pas il y a trente ans. Les grandes migratrices, composante essentielle des populations issues des régions les plus froides, subissent l'essentiel de cette pression, que ce soit sur les couloirs de passage, les zones d'hivernage et même parfois sur les lieux de nidification.

Actuellement, en s'exerçant préférentiellement sur les oiseaux au caractère migrateur le plus prononcé, la pression de chasse a tendance à réduire artificiellement la fréquence de ce caractère au sein des différentes populations régionales puisque les oiseaux prélevés ne peuvent transmettre leurs gènes à leurs descendants.

De façon concomitante, depuis 30 ans, les sédentaires pures et les petites migratrices ont bénéficié avec l'extension de la culture du mais, d'une nourriture plus abondante qui leur a permis de passer l'hiver dans de meilleures conditions en France et d'aborder la période de nidification dans de meilleures conditions physiques. Ces populations ont augmenté significativement dans un premier temps avant de marquer un pallier, voire une baisse à cause d'une pression de chasse croissante et des pratiques agricoles destructrices (empoisonnements par les semences enrobées notamment).

La baisse de fréquence du gène grand migrateur due à l'élimination par la chasse des oiseaux qui en sont porteurs, donne une fausse impression de sédentarité croissante chez les palombes issues de régions médianes et provoque un affaissement réel des populations nordiques et continentales pour lesquelles seul ce caractère très migrateur autorise la survie hivernale. Cet affaissement est aggravé par le fait que ces populations qui représentent l'essentiel des grandes migratrices, sont moins productives que les autres à cause d'une période de nidification plus courte.

Conclusion :

L'impact de la chasse sur la dynamique des diverses populations de palombes commence juste à être mieux compris. En aucun cas l'hypothèse selon laquelle les pigeons perdraient l'envie de migrer ne peut résister à l'examen car l'augmentation des populations hivernant en France est loin de compenser la baisse du flux transpyrénéen.

Prétendre que les palombes se portent bien, sans tenir comptes des différences qui caractérisent les différents groupes est devenu aujourd'hui totalement irresponsable. Cette affirmation gratuite a permis pendant des années, à certains chasseurs de ne pas se poser trop de questions et de continuer à prélever sans compter. Elle risque de coûter très cher dans un proche avenir à tous ceux qui se passionnent pour cet oiseau et sa chasse...

 

 

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