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Pigeon Ramier : gestion des populations migratrices
   
Chapitre III : moyens de gestion


Étude des moyens de gestion à la disposition des chasseurs.

En aucun cas les mesures à rechercher ne sauraient se limiter à une moralisation des pratiques de chasses traditionnelles du Sud-ouest car les populations migratrices sont soumises à des prélèvements en amont sur tout le couloir de migration, ainsi qu’en aval, pendant l'hivernage.

Partant du principe que gestion et éthique sont la plupart du temps étroitement imbriquées, il serait totalement irresponsable de faire l'impasse sur les questions d'éthique. Ce point présente un aspect "psychologique" très fort car il serait vain d'espérer obtenir de la part des chasseurs du Sud-ouest une modération unilatérale de leurs prélèvements tout en continuant par ailleurs à détruire des pigeons en pleine période de nidification dans d'autres régions de France.

Problématique.

La première difficulté vient du fait que si l'on classe les pigeons ramiers en fonction de leur aptitude à migrer, on rencontre en France trois sous populations distinctes aux situations démographiques différentes et que les nécessités et les moyens de gestion ne sont pas les mêmes pour ces trois cas.

Comme pour toute gestion cynégétique, l’idéal serait de pouvoir connaître les effectifs de chaque groupe, ses capacités de reproduction et d’en déduire les prélèvements possibles en fonction des objectifs recherchés (stabiliser la population ou en faire remonter ses effectifs).

Cette méthode étant impossible à mettre en œuvre en raison de l’absence de données précises sur l’état des effectifs, on doit se contenter d’étudier les tendances évolutives des différents groupes et chercher à adapter la pression de chasse en fonction des objectifs recherchés.

Ce moyen empirique ne permet pas une approche fine et seules des différences de prélèvements significatives peuvent donner des variations mesurables dans un délai raisonnable.

Toute la difficulté consistera à faire partager les sacrifices entre tous ceux qui sont concernés par ce gibier, puis à rechercher les moyens techniques d'y parvenir. Une telle opération ne peut bien sûr être envisagée qu'au niveau international (et non pas seulement régional) puisque les oiseaux concernés sont chassés successivement par plusieurs pays au cours de leur cycle annuel.

De plus, la superposition des populations à certaines époques de l’année, tends à masquer dans une courbe moyenne rassurante la courbe d’évolution propre à chacune d’entre elles.

En conséquence il sera forcément très difficile de faire admettre à certains chasseurs pratiquant leur activité dans une région privilégiée par une forte densité de pigeons sédentaires qu'il faudrait se limiter sur des oiseaux migrateurs impossible à différencier visuellement des autres.

De la même façon, il sera extrêmement difficile de convaincre les chasseurs placés sur le couloir central de migration (où le flux s'est toujours maintenu) qu'il serait nécessaire de se limiter pour permettre à ceux qui sont placés en marge de revoir des oiseaux comme par le passé.

Quoi qu'il en soit, le seul moyen d'agir de façon sélective sur telle ou telle population est de tenir compte du calendrier migratoire des pigeons en adaptant les mesures à chaque région en fonction de la probabilité d'y trouver telle ou telle catégorie d'oiseaux en fonction de la période de l'année.

On sait par exemple que les oiseaux long migrants transpyrénéens se rencontrent en France de la fin septembre à début novembre puis de la fin février au début avril et qu'ils hivernent sur la Péninsule Ibérique entre ces deux époques.

Les migrateurs hivernants en France eux, arrivent généralement chez nous début novembre pour nous quitter en février.

Les sédentaires, là ou leur présence est significative, se retrouvent toute l'année.

Mesures de gestion envisageables.

De façon générale, les moyens de réduire la pression de chasse sont simples.

  • Mise en place d'un plan de chasse ou d'un prélèvement maximum autorisé (PMA).

  • Réduction du temps de chasse.

  • Augmentation des surfaces mises en réserve.

  • Limitation des moyens mis en œuvre pour la capture.

Mise en place d'un plan de chasse ou d'un PMA :

Comme souligné plus haut, compte tenu des différences entre les populations de pigeons, ce n’est pas un, mais trois plans de chasse ou trois PMA qui devraient être établis : un pour chaque population.

A priori, la mise en place d'un véritable plan de chasse n'aurait aucune chance de réussir car à l'inverse de ce qui en est pour le petit gibier sédentaire, les effectifs de migrateurs ne peuvent être connus avec suffisamment de précision pour fixer des quotas de prélèvements.

De plus, le recensement annuel nécessaire à l'établissement du plan de chasse se heurte à deux difficultés : d'abord, il devrait s'opérer sur une très vaste zone à l'extérieur de nos frontières, ensuite, la préparation de ce plan de chasse exigerait de pouvoir distinguer sur les zones de reproduction, les oiseaux qui ont un potentiel long migrant de ceux qui sont moyens migrants et parfois entièrement sédentaires. Tout ceci est impossible.

La seule option réaliste en matière de limitation directe des prélèvements reste celle des PMA, mais ceux-ci restent très faciles à contourner. Ils risquent de ne pas produire les effets escomptés sur la gestion et de n'avoir qu'un caractère pédagogique (celui qui le dépasse est considéré comme un "viandard" ou un "braconnier" alors que sans PMA, celui qui tue le plus de gibier est encore trop souvent considéré comme "le meilleur chasseur").

De plus, pour la palombe comme pour beaucoup de chasses aux migrateurs, l'espoir naît de réussir un "beau coup" et de se montrer plus fin chasseur que ses voisins, avec des moyens équivalents. Le PMA crée un nivellement des tableaux, et pour être efficace en terme d'économie d'oiseaux, il ne peut se limiter à mettre fin aux captures anormalement élevées, il doit aller jusqu'à écrêter la moyenne (jugée déjà trop basse par certains à cause de la baisse des passages et des difficultés à faire poser les oiseaux), ce qui aurait pour effet de ramener tous les chasseurs au niveau des moins habiles…

Limitation du temps de chasse :

Actuellement, seules les installations de chasse aux filets sont soumises à des règles restrictives d'ouverture et de fermeture à l'intérieur de la période d'ouverture générale de la chasse. Sauf réglementation départementale spécifique, aucune règle ne fixe la période de tir avec appelants.

Si la limitation du temps de chasse reste possible sous toutes ses formes (durée hebdomadaire ou durée de la période) en période d'hivernage, il n'en est pas de même en période de migration, notamment dans le Sud-ouest, en raison à la fois des pratiques spécifiques à cette région et du caractère souvent répétitif des passages.

La nécessité d'occuper et surveiller les palombières du matin au soir pendant toute la durée où les installation sont opérationnelles rend difficilement acceptable la mise en place de jours de fermeture hebdomadaire. De plus, les mouvements se produisent souvent de façon cyclique au cours de la période de migration, ce qui selon l'année, risque d'annuler ou d'amplifier exagérément les effets attendus d'une réduction des jours de chasse. (à l'automne, il arrive par exemple que pendant plusieurs semaines d'affilée, la météo évolue de la même façon avec une révolution hebdomadaire. Par exemple le vent va passer au Nord un jour, il sera Est le lendemain, puis tournera rapidement au Sud-est, Sud et Sud-ouest avant l'arrivée d'un front chaud et de plusieurs perturbations se terminant par un dernier front froid et un nouveau passage du vent au Nord, à l'Est puis à nouveau Sud-Est, Sud et Sud-ouest etc. Ceci peut se reproduire pendant plusieurs semaines consécutives à la fréquence d'une éclaircie et donc d'un passage hebdomadaire tombant presque les mêmes jours de la semaine d'un bout à l'autre de la saison….).

En conclusion : pendant la migration, une éventuelle réduction du temps de chasse ne serait concevable qu'en terme de période de chasse. Par contre pendant l'hivernage, une fermeture hebdomadaire peut être parfaitement efficace.

Augmentation des surfaces mises en réserve.

Cette possibilité n'est citée que pour mémoire car elle se heurte à des difficultés qui semblent très difficilement surmontables eu égard au caractère privé de la plupart des territoires occupés par des palombières et de la difficulté à retrouver des sites pour les installations neutralisées par des réserves.

Elle pourrait cependant être utilement mise à profit pendant l'hivernage ou bien pendant la migration, sur des territoires appartenant à des collectivités, en montagne notamment.

Limitation des moyens mis en œuvre pour la capture :

Il s'agit d'une piste concernant principalement les chasses traditionnelles du Sud-ouest et l'usage d'appelants mais également avec plus ou moins de bonheur les autres modes de chasse (hypothétique limitation de la puissance des armes par exemple). Pour les palombières, des mesures limitatives pourraient s'appliquer au nombre d'appelants, au nombre de sols, à la longueur des tunnels, à l'équipement des cabanes etc...

 

Dans tous les cas de figure, tenant compte du désir légitime de tous les chasseurs de France de chasser le pigeon et partant de l'idée que les populations migrantes doivent faire l'objet du plus d'attention, il sera plus facile de faire des sacrifices en période de migration pour les chasseurs qui n'ont pas de culture de la chasse à la palombe et surtout pour ceux d'entre eux qui bénéficient toute l'année de la présence de pigeons sédentaires.

Par exemple, en raisonnant à l'extrême, une fermeture totale pendant toute la migration ne représenterait qu’une privation moyenne pour les chasseurs de l'Ouest ou de l'Île de France alors qu'il s'agirait d'une contrainte très dure, voire inacceptable, pour les chasseurs en palombière du Sud-ouest…

Conclusion :

Toute la difficulté réside dans la recherche d'un compromis entre l'efficacité des mesures et leur acceptabilité par les chasseurs concernés.

Le rôle des instances cynégétiques est essentiel car seuls les dirigeants de la chasse sont en mesure d'expliquer aux chasseurs la nécessité de s'imposer des limitations.

Il faut garder à l'esprit que le choix de mesures insuffisantes équivaudrait à se donner bonne conscience en attendant que la situation se dégrade encore davantage, et que des mesures trop dures ne seraient pas acceptées sans réticence… 

Pour que les chasseurs soient prêts à accepter des sacrifices,
une règle s'impose :
 la réversibilité des mesures.

Chaque membre du groupe de travail et du CNCFS portera une lourde responsabilité dans l'échec ou la réussite de ces travaux.

De plus, quelles que puissent être les limitations imposées aux chasseurs français, elles devront être suivies le plus rapidement possible de limitations similaires prises chez nos voisins portugais et espagnols, sans quoi leurs effets sur la dynamique des populations de palombes seraient trop peu visibles et la notion de gestion elle même pourrait être mise en doute par les chasseurs constatant que leurs sacrifices ne servent à rien…

 

 

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