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Ecologie et zoocentrisme
de Simon Charbonneau
Le sens de la chasse
de Simon Charbonneau

   
Ecologie et zoocentrisme par Simon Charbonneau

 

Parmi les multiples manifestations du malaise spirituel contemporain, né de l'énorme mutation qu'à connu l'Homme moderne depuis une cinquantaine d'années, faut citer l'incidence croissante des positions zoophiles. Promues par les amis des animaux, dans une société dont les membres apparaissent comme de plus en plus coupés de la nature, où la relation avec les machines est en définitive plus familière que celle traditionnelle établie avec les animaux dans les sociétés rurales. Cette influence est particulièrement nette dans les médias où se sont multipliés, ces dernières années, les émissions sur les animaux, mais également au sein du mouvement écologique où certains militants cultivent dans ce domaine le plus étrange syncrétisme C'est ainsi que lors des dernières élections européennes on a pu voir la Présidente de la SPA, en seconde position, derrière le chef de file des Verts. Quoique parfaitement compréhensible pour un esprit superficiel, l'amalgame entre la zoophilie et l'écologie reste problématique.

Faut-il tout d'abord rappeler qu'à l'origine de la zoophilie il y a l'amour parfaitement justifié que les hommes portent aux animaux ? L'existence de cette relation affective initiale constitue le fondement légitime de toutes les rhétoriques développées par les amis des animaux. Traditionnellement réservée aux animaux familiers, c'est à dire domestiques, cette affection s'étend aujourd'hui à certains animaux sauvages (ours, baleines, phoques, rapaces,...); ici se situe certainement le lien unissant écologie et zoophilie. Notons d'ailleurs à ce propos la différence fondamentale d'attrait existant entre ces deux types d'animaux, la première se caractérisant par la familiarité, la seconde au contraire par l'étrangeté. Quoiqu'il en soit ces dispositions peuvent varier de la plus grande modération à l'intégrisme le plus intolérant, en passant par toutes les nuances imaginables. En tous les cas, au départ, il y a la révolte légitime contre la souffrance animale infligée par l'Homme aux bêtes depuis l'origine de l'humanité. Elle explique les critiques violentes exprimées depuis longtemps par les amis des animaux contre les expériences faites en laboratoire, pour des motifs scientifiques souvent contestables, les élevages industriels et les conditions de transports. Ces formes modernes de la violence faite aux animaux qui ici sont, économiquement et techniquement, pris comme du matériel, apparaissent comme absolument intolérables et doivent certainement être dénoncés en tant que telles. Ces positions zoophiles raisonnables que tout un chacun devrait faire siennes peuvent toutefois aussi déraper vers la zoolâtrie et le fétichisme de l'animal. Je pense ici aux thèses les plus intégristes du mouvement de libération de l'animal qui amalgament la valeur de la vie humaine à celle des animaux et tendent à considérer l'animal comme un sujet moral. C'est ainsi que se diffusent aujourd'hui, au sein du mouvement écologiste, des discours souvent confus sur l'animal devant être conçu comme sujet de droit.

Ces dernières dérives doivent être critiquées et dénoncées comme particulièrement inquiétantes du point de vue de l'Homme, comme de celui de la nature(voir à ce propos l'excellent ouvrage de M. Jean Yves GOFFI : "Le philosophe et ses animaux: du statut éthique de l'Animal " édition Jacqueline CHAMBON 1994). Si en effet on se place du point de vue de la tradition humaniste occidentale, seul l'Homme peut être considéré comme un être moral, c'est à dire à la fois sujet de droits et d'obligations, source de conscience et de parole. En un mot, l'Homme est à la fois nature et liberté et, en ce sens, il se distingue de l'animal par son aptitude à sublimer ses instincts. C'est ainsi que contrairement aux animaux, il lui arrivera de savoir tendre la main à ses ennemis et à aimer ses enfants devenus adultes. L'originalité de l'Homme est d'être à la fois un être biologique et spirituel. C'est pourquoi on peut considérer, sans aucun esprit de provocation, que l'amalgame fait au nom d'une conception biologisante entre la vie humaine et animale peut être légitimement perçue, non seulement comme une assertion mensongère, mais surtout un scandale spirituel et une perversion grave du point de vue moral. Si l'amour des animaux et une chose légitime, il ne doit pas conduire à des égarements passionnels, source de toutes les confusions et les excès. Cela est d'autant plus vrai que par une sorte d'ultime paradoxe, c'est en définitive toujours l'Homme qui prétend parler au nom des animaux, et de quel droit l'Homme peut-il donc parler au nom des animaux ? Sa passion zoophile ne risque-t-elle pas de desservir leurs intérêts ? Si vraiment nous aimons les animaux, contentons nous alors de nous imposer des obligations envers eux et de leur exprimer notre affection; il est inutile d'inventer des théories délirantes pour les protéger de la violence humaine.

Mais la zoophilie, en tant qu'idéologie, peut être également contestée du seul point de vue de l'écologie scientifique. En effet, il faut bien dire que les amis des animaux ont une aptitude remarquable au dérapage anthropomorphique, car leur perception de l'animal porte la marque de préjugés et d'un arbitraire très humain. Certain animaux sont effectivement considérés comme davantage dignes de respect, d'intérêt que d'autres. Pour certains écolos protectionnistes, les mammifères et les oiseaux sont visiblement privilégiés par rapport aux insectes et aux poissons. On attend toujours à ce propos de voir Brigitte BARDOT se mobiliser chaque printemps en Gironde pour protester contre le braconnage de la civelle dans l'estuaire, comme elle le fait légitimement pour la tourterelle en Médoc. D'autre part, à l'intérieur de chacune de ces grandes catégories, certaines espèces paraissent jouir d'un capital sympathie plus grand que d'autres. C'est ainsi que l'écureuil est mieux perçu que le rat, le chevreuil que le sanglier et le rouge-gorge que le corbeau, la taille de l'animal ainsi que sa fragilité apparente interviennent également dans la construction de ces croyances Dans le bestiaire écolo, il existe donc toute une hiérarchie inconsciente définissant un ordre de protection, où certaines espèces, pourtant réellement menacées, ne semblent guère retenir l'attention, soit parce qu'elles ne sont pas chassées, soit parce que leur apparence est banale (ex: le pigeon colombin). La mobilisation médiatique pour la défense de telle espèce reste donc dépendante de l'image de l'animal dans l'opinion publique; ceci explique par exemple pourquoi un oiseau comme la tourterelle, si proche de la colombe, a fait l'objet de tant de passion.

Cette discrimination inavouée entre les espèces témoigne par ailleurs d'une absence de vision globale de l'écosystème, puisqu'en toute hypothèse, la vie animale est toujours privilégiée par rapport aux autres formes de vie. C'est ainsi que les plantes sauvages menacées, les champignons rares ou encore certains arbres ne paraissent guère mobiliser les énergies, soit parce qu'elles sont peu commues car sans éclat apparent, soit parce qu'elles n'ont aucune utilité directe pour l'Homme Quoiqu'il en soit, la dérive zoophile, aboutit à une conception réductionniste de l'écologie.

Enfin, dernier reproche et non de moindres, ce courant de l'écologisme toujours cherché à occulter le rôle de la mort comme condition de la vie dans le fonctionnement de l'écosystème. Une vision idéalisée du comportement de l'animal sauvage cherche alors à expliquer la violence de l'instinct par l'hostilité de l'action humaine. C'est alors l'Homme qui est jugé responsable de l'agressivité de certains individus. Pourtant lorsque l'un des poussins de rapace élimine l'autre, quand le lion dévore de ses enfants ou encore que la femelle du brochet dévore son compagnon, il ne s'agit rien de moins que de l'éthologie ordinaire de l'animal sauvage. La poursuite d'un cerf traqué par une meute de loups n'est qu'une illustration de la cruauté qui préside aux rapports existants entre les animaux sauvages. Cette cruauté accompagne inévitablement la prédation animale avec son corollaire qui est la mise à mort, qui remplit une fonction indispensable de régulation des populations au sein des écosystèmes. Vouloir alors plaquer des notions morales et affectives spécifiques de la culture humaine, comme on la rencontre trop souvent dans les magazines et les émissions consacrées aux animaux, c'est participer à une entreprise de mystification. Il faut d'ailleurs à cette occasion en profiter pour dénoncer cette fausse vision de l'animal sauvage qui est aujourd'hui distillée en direction des enfant qui finiront, peut être un jour, par croire que le grizzli est aussi inoffensif qu'un ours en peluche.

Ce fétichisme de l'animal est, malheureusement, aussi en train de se manifester chez certains protecteurs de la nature qui finissent par tomber dans les excès d'un protectionnisme rigide, en contestant la nécessite sociale et écologique de réguler certaines populations animales proliférantes. C'est ainsi que sont refusés les déclassements indispensables de certaines espèces protégées comme le grand cormoran, qui peut exercer sur certaines rivières une importante prédation sur les poissons sauvages qui méritent autant de vigilance écologiste que les oiseaux. Pour la survie même de certaines espèces menacées, l'intervention humaine visant a éliminer les populations en excès, comme par exemple les goélands, paraît inévitable, même si parallèlement, il est tout a fait nécessaire d'agir sur d'autres facteurs environnementaux (ex: l'élimination des décharges d'ordures ménagères). C'est pourquoi la récente levée de bouclier des associations de protection de la nature les plus intégristes, contre les timides projets de modification du statut des espèces protégées de la loi BARNIER, demeure incompréhensible du strict point de vue de l'écologie. Il faut bien en effet comprendre que l'expansion d'une espèce se fait toujours détriment d'autres espèces animales, sans compter les conséquences sur les activités humaines. Afin de restaurer le équilibres écologiques, les mesures de régulation, y compris par la chasse, sont indispensables, et si une espèce doit être ménagée c'est uniquement sur la base d'une estimation des populations et non pas sur la base du critère subjectif de l'animal qui mérite davantage d'intérêt que d'autres. Cette conception rigide de la protection, qui confine au conservatisme (au sens politique du terme !), est d'autant plus étonnante qu'elle s'accompagne d'une contestation légitime de la notion d'espèce nuisible qui est scientifiquement un non sens (car ce qui est nuisible, c'est uniquement le niveau d'une population donnée par rapport aux dommages subis par l'élevage, les cultures, la faune et la flore sauvage). On peut difficilement à la fois réclamer la suppression du classement nuisible, demander le classement à protéger d'espèces réellement menacées et camper sur des positions rigides pour des espèces dont l'état des populations permet, sans problème, ponctuellement une régulation.

Au terme de cette analyse, je dirai que l'écologie, sérieusement appréhendée, ne peut se permettre de tomber dans l'arbitraire du sentiment sous peine d'intolérables dérives et de redoutables impasses politiques. N'oublions à ce propos, qu'aussi cruelle soit-elle, la corrida contribue paradoxalement à l'existence de ces immenses troupeaux de taureaux andalous qui justifient la sauvegarde des marismas ! Cela ne nous empêchera pas pour autant de manifester notre affection et nos préférences pour tel ou tel animal sauvage ou domestique; mais que ceux qui ont la passion des loups ou des lynx aient également de la compassion pour les agneaux et les brebis qui se font égorger, car l'ami des bêtes est aussi en droit de ne pas supporter la violence des prédateurs défendus par les écologistes durs et purs!

A vrai dire l'écologie a surtout besoin de réflexion et de discernement cela lui évitera bien des impasses et des déchirements.

Simon CHARBONNEAU, 1995

 

 

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