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sommaire réflexions

Ecologie et zoocentrisme
de Simon Charbonneau
Le sens de la chasse
de Simon Charbonneau

   
Le sens de la chasse par Simon Charbonneau


Activité remontant aux origines de l'humanité où elle jouait un rôle essentiel pour la survie des populations, la chasse a été jusqu'à une date très récente parfaitement intégrée à son milieu social comme naturel. Dans la Société rurale qui était encore celle de la France il y a une trentaine d'années, outre le vieil instinct de prédation qu'elle pouvait satisfaire et dont nous parlerons plus loin, la chasse remplissait à la fois des fonctions de protection de l'agriculture vis à vis des dommages créés par la faune sauvage, de complément alimentaire et de loisirs collectifs. Rituel rythmant le cycle des saisons, la chasse était alors pratiquée par des hommes connaissant bien les mystères de la nature et ne disposant, par la force des choses, que de moyens limités. La pression de chasse était donc restreinte et considérée comme parfaitement légitime. Aujourd'hui, c'est au contraire un loisir contesté par une partie de la population urbaine qui n'en connaît souvent que l'image la plus négative.
A l'origine de cette contestation, plusieurs facteurs interfèrent :

  • Il y a tout d'abord l'évolution de la pratique elle-même victime d'une certaine déculturation des chasseurs trop souvent transformés en consommateurs de cartouches et en tireurs de volailles.

  • Parallèlement, la pression de chasse augmentait en raison tout d'abord, jusqu'à une date récente, de la croissance du nombre de ses adeptes mais surtout à cause des moyens mis à leur disposition (voiture en particulier rendant les coins les plus reculés accessibles), alors même que les causes de dégradation de l'environnement se multipliaient urbanisation, agriculture chimique, grandes infrastructures linéaires etc. . . ) restreignant ainsi chaque jour davantage les territoires de chasse.

  • Enfin, pendant ce temps, les populations urbanisées, coupées de plus en plus de leurs racines rurales, manifestaient une sensibilité nouvelle pour la nature qui leur font juger souvent ce loisir archaïque et cruel.

La combinaison de ces différents facteurs explique fondamentalement les conflits sur la chasse où l'alliance objective des " anti-chasse" et des chasseurs les plus rétrogrades, contribuera peut être un jour à faire disparaître ce vieil héritage de notre culture humaine. Dans un tel contexte, est-il toujours imaginable et raisonnable de parler des véritables fondements de la chasse et d'espérer définir la place de la chasse dans notre société ? Je pense pourtant que cela est possible car la chasse a un sens profond qui ne doit pas être confondu avec les caricatures que trop souvent nous connaissons.
Avant de trouver des justifications écologiques ou même économiques à la chasse, il faut avouer une évidence : celle-ci est avant toute chose, dans ses manifestions les plus authentiques, une passion humaine. Cette passion qui remonte à la nuit des temps est profonde et parfois violente car elle repose sur le vieil instinct de prédation. Qu'on le veuille ou non, malgré les énormes mutations subies depuis la révolution industrielle, l'Homme est encore un animal habité par des instincts primitifs. Habituellement les critiques de la chasse soulignent l'archaïsme de cette pulsion et insistent pour en réclamer la répression. Curieuse position que celle qui célèbre les droits de l'animal mais qui refuse en l'Homme sa part d'animalité ! Comment donc concilier le reproche d'archaïsme et en même temps militer pour une vie plus proche de la nature ? Écologiquement, l'objection contre l'instinct de chasse ne tient pas comme elle ne peut pas non plus être soulevée contre le plaisir sexuel ou gustatif. A une condition cependant: que l'instinct ne s'exprime pas à l'état brut.
L'Homme se distingue de l'animal par sa conscience et il ne peut donc s'abandonner à l'innocence de l'instinct. C'est pourquoi la chasse ne peut s'exercer que dans le respect de certaines règles éthiques et écologiques qui relèvent à vrai dire de la culture. En matière de chasse comme dans d'autres domaines, l'Homme ne trouve sa vraie dimension que dans la sublimation de l'instinct; ceci explique pourquoi la chasse a toujours représenté dans toutes les sociétés un des points de convergence les plus marqués entre nature et culture qui explique l'existence très tôt, des règles et modes de chasse variant suivant les régions. Chasse et sentiment de la nature sont par conséquent étroitement liés. Par l'acte de chasse, le chasseur est puissamment lié aux forces et aux mystères qui traversent la nature. La mort de l'animal n'est qu'une conclusion aléatoire faisant partie d'un gestuel complexe où une aurore automnale peut provoquer une émotion plus forte que le reste de la chasse. Dans la littérature, l'histoire du sentiment de la nature s'exprime d'ailleurs admirablement dans ces récits de chasse qui font la joie de générations de lecteurs. Justement dans la mesure où l'Homme est transformé en prédateur, il participe plus intimement encore que le simple promeneur au jeu de la vie et de la mort qui est ici celui de la nature, non vécu sur le mode du spectacle.
C'est cela qu'a toujours évoqué la littérature cynégétique qu'il serait complètement absurde de vouloir retrancher de notre culture écologique.

Ce n'est donc que très secondairement que la chasse pourra trouver sa justification dans la régulation de certaines populations proliférantes. La chasse à la bécasse n'est certes pas motivée par la prolifération de l'espèce. Comme cela a été déjà dit par les opposants de la chasse cette régulation pourra en effet toujours être assurée par des piégeurs, des gardes ou des techniciens cynégétiques capables de remplir cette fonction sans aucune passion pour la chasse. Mais alors la dimension culturelle de l'activité cynégétique disparaîtrait au profit d'actes strictement techniques et gestionnaires qui s'inscrivent bien dans l'idéologie fonctionnaliste de notre société. Interdire tout acte de chasse au profit de ce genre de solution est justifiable pour certaines espèces mais relèverait, pour le coup, d'une démarche typiquement répressive et autoritaire, sans que pour cela la gestion de la faune sauvage en soit vraiment améliorée.

La chasse enfin ne peut pas non plus trouver son fondement dans la protection des biotopes quoiqu'elle puisse y contribuer efficacement comme l'expérience l'a parfois montré. Ici encore, il sera toujours possible de rétribuer certaines activités d'entretien ou d'aménagement du milieu naturel. Il serait cependant souhaitable que les chasseurs se préoccupent davantage qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent de la pérennité des biotopes. Certes, malgré tous les abus cynégétiques qui ont pu se manifester depuis trente ans, la chasse n'a aucune responsabilité dans les graves atteintes subies par nos écosystèmes, à l'exception de certaines espèces ayant subi des prélèvements trop importants. Certains loisirs modernes liés à la nature sont même autrement destructeurs des équilibres écologiques, tels que le ski alpin, le tout terrain motorisé, le parapente ou pire, le golf. Mais ce que l'on peut lui reprocher, comme d'ailleurs pour la pêche, c'est de ne pas avoir suscité une mobilisation plus grande de ses adeptes en faveur de la protection. Pourtant l'interdiction de la chasse par les "bulldozers" n'est pas d'avantage acceptable que celle réclamée par les opposants à la chasse. La pratique nocive des lâchers de "gibiers de tir" a été de ce point de vue un moyen commode pour se désintéresser de la protection des milieux.
Ces perversions cynégétiques modernes signifient à terme la disparition de toute chasse authentique qui ne doit s'exercer que sur la faune sauvage et non pas sur des animaux élevés dans des conditions artificielles. Il est donc urgent que les chasseurs se préoccupent enfin de lutter avec les autres usagers de la nature pour la sauvegarde des écosystèmes sans l'intégrité desquels la chasse perd son sens profond. La chasse y gagnerait dans son image et sa crédibilité plus que par des opérations publicitaires. Il résulte donc de notre analyse que la chasse n'est nullement contradictoire avec une démarche écologique, bien au contraire. Par contre pour les idéologues de la "défense de la vie", il est certain que la chasse est une activité tout à fait intolérable. Ici l'on quitte bien sûr le terrain de l'écologie pour pénétrer sur celui, beaucoup plus émotionnel, de la zoophilie.

Certes, il est parfaitement légitime de refuser la mise à mort des animaux, même abusivement assimilée à celle des humains, comme le font certains végétariens; mais cela ne doit pas alors concerner que la chasse. L'éleveur élève également ses bêtes pour les tuer, quoique la finalité de son activité soit différente de celle du chasseur. Remarquons également que, fort curieusement, ces réactions "anti-chasse" viscérales ne s'appliquent guère à la pêche. Les pêcheurs ont bien de la chance car ils échappent à la vindicte des zoolâtres alors même que la cruauté de l'acte halieutique n'a rien à envier à celui de chasser. Il n'existe d'ailleurs pas de ROP (Rassemblement des Opposants à la Pêche) dans la mouvance écolo. Le poisson est un animal a sang froid qui ne soulève aucune passion collective. Pourtant, tous les spécialistes savent qu'il existe d'énormes problèmes écologiques sur certains migrateurs comme la civelle, victime d'une surpêche dans certains estuaires. Or on constate que face à ces abus, la mobilisation zoophilo-médiatique est plutôt faible.
Dernière objection enfin aux amis des animaux, qui nous renvoie d'ailleurs autant à l'écologie qu'à la zoophilie : les liens qui unissent un chasseur et son chien, auxiliaire dans l'action de prédation, ont toujours été très forts et supprimer la chasse rendrait bien malheureuse une partie de la gent canine frustrée dans ses instincts.

Les positions extrémistes des "défenseurs de la vie" ne me semblent pas sérieusement tenables; elles sont de plus tout à fait intolérantes et surtout ne sauraient fonder une position politiquement responsable. Rappelons en effet que l'opposition de principe à la chasse, qui vise à la disparition de cette pratique millénaire dans toute l'Europe, ne fait paradoxalement que conforter les plus rétrogrades des chasseurs qui trouvent ainsi, dans l'extrémisme de leurs adversaires, de quoi alimenter leur propre intolérance. Cette alliance perverse des extrêmes ne peut se faire alors qu'au détriment d'une protection efficace des biotopes. Ne pas aimer personnellement la chasse est une chose compréhensible; faire de ce sentiment une doctrine militante relève d'une démarche liberticide. Si l'on veut enfin voir les choses évoluer dans un sens favorable à l'écologie, cet affrontement doit donc cesser rapidement par le jeu d'une paix négociée. Le désamorçage de ce conflit stupide ne pourra alors se faire que par une démarche concomitante, où, d'un côté les milieux protectionnistes reconnaîtraient solennellement le droit de pratiquer une chasse écologiquement responsable, d'un autre les chasseurs s'engageraient à faire sérieusement le ménage chez eux.

Il y a certainement en France urgence d'une véritable mutation culturelle du chasseur de base qui doit enfin réaliser qu'il ne vit plus à l'époque de l'innocence de la cueillette. Le cadre socio-écologique de la chasse a été complètement bouleversé en trente ans; il faut en tirer les conclusions. Les chasseurs seront donc inévitablement appelés à être sans doute moins nombreux, mais plus qualifiés et exigeants. Alors l'énergie de chacun ne sera plus gaspillée dans des luttes fratricides mais elle sera au contraire mobilisée dans une commune défense de notre patrimoine naturel. Une gestion concertée de la faune sauvage sera, dans ces conditions, imaginable, ce qui n'empêche pas chacun de vivre la nature à sa manière dans le respect des différences mutuelles.

Simon CHARBONNEAU,
président de l'ANCER

 

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