Depuis le premier janvier 1995 l'utilisation et la détention de pièges à mâchoires sont interdites en France.
Encore une fois, cette affaire a donné lieu à des interprétations diverses et contradictoires. Les défenseurs des animaux y ont vu une importante victoire et certains chasseurs un recul catastrophique.
En fait, la vérité est sans doute au milieu : Nous ne croyons pour notre part, ni au caractère indispensable d'une telle mesure comme en semblent convaincus les protecteurs, ni que cette interdiction marquera la fin de la régulation des espèces par le piégeage comme feignent de le croire certains chasseurs.
Le piège à mâchoires et à palette destiné à capturer les animaux par une patte a été la cible des défenseurs des animaux car il était considéré comme cruel. Ce défaut était incontestable dans ses premières versions qui écrasaient le membre entre des mâchoires d'acier souvent garnies de pointes. Dans ses dernières versions avec espace entre les mâchoires et garnitures en matériau souple, il n'est pas démontré que ce piège puisse être considéré comme plus «cruel» que les collets à arrêtoirs ou même les boites pièges, d'ailleurs certains piégeurs lui reprochaient de ne pas toujours retenir l'animal capturé (peut être oubliaient-ils parfois de se lever assez tôt pour contrôler les pièges, la lumière du jour incite les animaux capturés à tout tenter pour se libérer, y compris l'amputation).
L'apparente cruauté des pièges qui ne tuent pas sur le coup présente l'avantage de la sélectivité en permettant de relâcher un animal capturé accidentellement alors qu'un piège «non cruel» peut réserver de cuisantes surprises... Combien de loutres ont péri par mégarde dans des pièges destinés aux ragondins ?
Quoi qu'il en soit, le piégeage requiert une excellente connaissance du milieu et des espèces pour celui qui le pratique, mais exige aussi de lui une éthique irréprochable. Le piégeur a obligation de visiter tous ses pièges chaque matin dans l'heure qui suit le lever du soleil, il a aussi pour devoir de ne pas risquer la mort accidentelle d'animaux domestiques ou protégés. Moyennant ces quelques restrictions, le piégeage a tout à fait sa place dans la chasse d'aujourd'hui et devrait plutôt être considéré comme un mode de chasse à part entière et de régulation des espèces proliférantes que comme un mode de destruction.
Entre ceux qui prônent la guerre à outrance contre tout ce qui ne se mange pas (surtout quand en plus, ça peut manger du gibier...) et ceux qui voudraient que l'on ne puisse plus capturer aucun petit carnivore, il y a de la place pour des gens raisonnables.
Il faut garder à l'esprit que les chasseurs qui se lamentent de la prétendue prolifération des petits carnassiers sont souvent ceux qui l'ont favorisée en lâchant dans la nature du gibier d'élevage tout juste bon à nourrir les prédateurs dont les populations augmentent si la table est bien garnie...
Inversement, l'autorégulation de la faune sans intervention humaine est un vieux fantasme d'écologiste qui ne résiste pas à l'analyse, du moins en ce qui concerne notre nature profondément marquée par l'homme. Cette thèse, très en vogue chez les opposants à la chasse, n'est pas aussi innocente qu'il n'y paraît. Elle est censée démontrer que la chasse ne peut même pas se justifier par le nécessité de régulation des espèces. Sans revenir sur le comble du non interventionnisme qui consis terait à laisser disparaître, par refus d'en limiter les prédateurs, les derniers survivants d'une espèce menacée, il faut imaginer un autre cas de figure qui est celui des grands carnivores. Même en admettant que loups et lynx deviennent un jour assez nombreux pour limiter efficacement les populations d'ongulés sauvages, il faudra que l'homme intervienne pour en limiter l'abondance, car bien avant que ne s'opère l'autorégulation par manque de proies, ces grands prédateurs, devenus trop nombreux à leur tour, s'attaqueraient aux animaux domestiques; non seulement au bétail, mais aussi au petit chien-chien des promeneurs citadins du dimanche, et pourquoi pas, dans le cas de loups devenus très abondants et torturés par la faim, à ces mêmes promeneurs et à leurs enfants...
Sans considérer les carnivores comme des concurrents à éliminer à tout prix, il faut garder à l'esprit que dans certaines circonstances, une réduction de leurs effectifs peut donner un petit coup de pouce à une espèce que l'on désire protéger, qu'il s'agisse de gibier ou même d'une autre espèce.
Il serait sot de vouloir réduire la chasse à la seule régulation de la faune excédentaire car la prédation humaine a des raisons beaucoup plus profondes de s'exercer, liées à la nature même et aux origines de l'homme. Du moment que l'on admet ceci, on peut aussi comprendre que le chasseur veuille soulager le gibier d'une pression de prédation animale égale à la pression de chasse qu'il peut raisonnablement exercer lui même sur le gibier. Si l'homme revendique sa condition de super prédateur, il est légitime
qu'il veuille réduire la concurrence des autres prédateurs «de rang inférieur », un peu comme le chat tue une belette de rencontre et l'autour la buse qui le gêne. Il faut par contre, et c'est ce qui différencie l'homme de l'animal, que la raison discipline l'instinct et que le chasseur garde toujours à l'esprit qu'il a pour devoir de conserver toutes les espèces, y compris celles dont il souhaite voir diminuer les populations ou celles qu'il désire simplement chasser. Tout est une question d'équilibre de dosage et de discernement. Il n'est ni question de limiter la prédation à la seule chasse, ni d'exclure totalement le chasseur de la scène.
Le piégeage ne se réduit pas à la limitation des populations de petits carnivores, il est aussi largement utilisé contre certaines populations d'animaux phytophages en surnombre. A ce sujet, l'emploi tout à fait licite de certains poisons pour lutter contre «les ennemis des cultures » est bien plus condamnables que l'emploi du piège. Même en respectant scrupuleusement les précaution d'emploi destinées à préserver le bétail et les animaux domestiques, le poison est une solution bien plus cruelle qui peut être lourde de conséquences pour de nombreuses espèces En effet, les animaux détruits ne sont pas foudroyés sur place ni récupérés. Nombre d'espèces consomment ces cadavres et peuvent alors périr ou être intoxiquées à leur tour. Quand on assiste encore à des campagnes massives tout à fait légales d'empoisonnement des ragondins (parfois des taupes, ailleurs des campagnols) sous prétexte de protection des cultures, il est inadmissible de s'acharner contre les piégeurs.
Encore une fois, il semble que les défenseurs des animaux se soient trompés de cible. Ce n'est pas le piégeage en général, ni le piège à palette en particulier qui doivent être accusés, mais l'acharnement stupide et primaire de quelques uns à ne tolérer la présence d'aucun prédateur sur leur territoire. Cet acharnement, n'est pas plus stupide il est vrai, que le refus de toute intervention humaine qui en est l'exacte symétrie.
Je ne terminerai pas sans faire part d'une réflexion que m'inspire l'interdiction du piège à mâchoires : Puisqu'on peut interdire l'utilisation, la vente et la détention de certains pièges, pourquoi ne peut-on pas interdire la détention et la vente d'instruments et d'armes utilisés exclusivement pour braconner ?
Je veux parler des appareils servant à reproduire le cri ou le chant de certaines espèces d'oiseaux (on trouve des modèles très sophistiqués avec télécommande chez certains marchands...), des dispositifs de visée nocturne à amplificateur de lumière ou à infra rouges, des appareils de visée laser, des chevrotines, et pourquoi pas des armes avec silencieux dans des calibres de chasse comme celles proposées parfois par des publicités insérées dans des revues cynégétiques... (une carabine calibre 222 Remington comme arme de défense, c'est déjà difficile à croire ! mais avec silencieux inamovible et lunette de visée! de qui se moque-t-on?).
Nos députés, si prompts à voter des lois ne pourraient-ils pas faire quelque chose ?
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