La critique du programme chasse des verts.
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Un peu d'histoire pour mieux comprendre l'actualité :![]()
En 1992, la minorité anti-chasse active des Verts avait tenté d'imposer son " programme chasse " au Parti, mais à notre connaissance, son adoption n'a jamais dépassé le cadre de la Commission Chasse noyautée par les partisans de la "ligne dure" issus du ROC.
A l'époque, notre association qui n'a jamais fait preuve de complaisance envers les intégristes de la protection animale, avait publié ses critiques dans la Lettre de l'ANCER n°13 juillet-août-septembre 1992.
Le programme en question oublié sans vraiment avoir été adopté ni amendé, a été redécouvert avec délectation par la propagande du parti unique cynégétique qui s'en est servi pour déclencher sa grande offensive contre Dominique VOYNET Ministre de l'Environnement issue du Parti des Verts et pour tenter un retour sur la scène politique.
En gardant un tel projet inacceptable depuis 1992, les Verts n'avaient pas prévu que l'un d'entre eux serait nommé au gouvernement or gouverner c'est prévoir.
Ci-dessous, l'intégralité de l'article que nous avions consacré à ce dossier et publié dans la Lettre de l'ANCER n° 13 (été 1992) :
NDLR : les visiteurs du site pourront constater que nos critiques n'ont pas pris une ride depuis leur publication initiale.
LE PROJET DÉFINITIF DES VERTS SUR LA CHASSE ou LA CHASSE MUTILÉE.![]()
Quelques six mois après la présentation d'un avant projet largement commenté dans la presse, le Programme Chasse du parti des Verts d'Antoine Weachter a été soumis à l'approbation du Conseil national inter-régional de ce parti, réuni à Saint-Nazaire les 29 et 30 août 1992.
La rédaction de la Lettre de l'ANCER a pu disposer d'une copie de la nouvelle "Plaquette Chasse" et se trouve donc en mesure de la commenter ici avant qu'elle ne soit rendue publique.
Avertissement :
Si quelques points de ce projet nous semblent dignes d'intérêt, l'ensemble donne l'impression d'avoir été rédigé dans le seul but de nuire à la chasse. Pour l'instant, la pêche, activité voisine, échappe curieusement à la vindicte des Verts.
La philosophie qui a guidé ses auteurs pourrait être la suivante:
La chasse est une tare dont certains humains ont malencontreusement hérité par atavisme. Il convient de "soigner" ceux qui en seraient atteints, de mettre les enfants à l'abri de la contamination et de préserver au mieux la faune sauvage des agissements de ces irresponsables que sont les porteurs de carnier....
Pour cela est prévu tout un arsenal de mesures présentant des similitudes troublantes avec celles préconisées par le ROC. Celles-ci, sans interdire expressément la chasse sont destinées à en préparer l'extinction progressive.
Il s'agit d'en réduire l'exercice à un minimum proche du néant. Ainsi, les chasseurs les moins motivés seront-ils découragés et les prélèvements des autres rendus minimes...
Les principales directions du projet Vert sont:
- La suppression de nombreux modes de chasse
- La réduction du temps de chasse.
- La réduction des territoires (prévue aussi par la plaquette faune sauvage à venir).
- La diminution du nombre des espèces soumises à la chasse (prévue dans la plaquette faune sauvage qui doit traiter des espèces protégées).
- Pour parfaire le tout, on renforce les moyens de contrôle (propositions sur la garderie) et on confisque en changeant leur nom et leurs attributions les anciens organismes mis en place par les chasseurs (ONC) et devenus inutiles dans leur forme actuelle.
Le programme :
Cette plaquette comprenant huit pages, il nous est impossible de la reproduire dans ces colonnes. Le projet chasse s'articule autour de deux idées maîtresses:
La réglementation de la pratique cynégétique.
La modification des structures.
La Plaquette chasse nous annonce qu'il est prévu que d'autres mesures complémentaires concernant la protection des habitats et des espèces seront proposées dans une future Plaquette Faune Sauvage. Sont prévus entre autres la protection absolue de certains milieux: sites de reproduction (marais, étangs...), couloirs de migrations (ex.: cols) et sites d'hivernage (zones humides, landes, bois...). Cette plaquette à venir devra aussi traiter des espèces protégées, il est probable que la liste n'en sera pas raccourcie...
En préambule, bien que de l'abolition immédiate de la chasse ne soit pas jugée réaliste (mais sans doute jugée souhaitable), les grandes lignes du programme sont:
de dénoncer et de lutter contre les privilèges et excès de certaines formes actuelles de chasse.
de favoriser l'évolution des consciences et des comportements qui mènera vers le respect de la vie. "
le ton est donné...
Nous aborderons d'abord les interdictions relatives à la pratique de la chasse puis les propositions de nouvelles structures, sans suivre le plan désordonné de la plaquette. En effet, assez curieusement, ses rédacteurs dont la logique ne semble pas être la qualité première, passent allègrement de la réglementation aux structures et vice-versa tout au long du document.
1- LA RÉGLEMENTATION DE LA PRATIQUE CYNÉGÉTIQUE (LES INTERDICTIONS):
(Comme le lecteur pourra le constater, il aurait été beaucoup plus rapide et plus simple de citer ce qui demeurerait autorisé si ce programme venait à être appliqué)
LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE LA CHASSE: (SIC !)
Comme on pouvait le craindre, peu de modifications apparaissent par rapport à l'avant projet, on trouve pèle mêle.
- De rendre effective l'interdiction de toute chasse de nuit, sans aucune dérogation ni tolérance possible (contrairement à la situation actuelle). Il suffit d'obtenir l'application stricte de la loi actuelle dans ce domaine."
Ceci est bien sur, une pierre (pas la seule, nous le verrons plus tard) jetée dans le jardin des chasseurs de gibier d'eau avec qui les anti-chasse ont un lourd contentieux...
- De limiter plus strictement les périodes de chasse: Il ne doit pas y avoir d'acte de chasse entre le 31 janvier et le 30 septembre.
Il convient donc d'observer une période de non-chasse d'au moins huit mois sur douze pour toutes les espèces chassables.
En cas de nécessité, les maisons départementales de la faune et de la flore sauvage, visées page g sont compétentes pour introduire d'éventuelles dérogations à ce dispositif.
- De donner aux départements un choix entre deux systèmes en ce qui concerne les jours de chasse:
Autoriser la chasse deux jours par semaine.
Autoriser la chasse quatre demi-journées par semaine.
Cette (vaste) proposition fait partie des mesures destinées à rendre la pratique de la chasse invivable pour les porteurs de fusils. Le 30 septembre est une date trop tardive pour certaines espèces migratrices qui nous quittent précocement (tourterelles des bois, sarcelles d'été etc).
En ce qui concerne le grand gibier, même avec les dérogations prévues, il serait impossible de pratiquer efficacement le tir sélectif. Comment par exemple éliminer les brocards déficients avant le rut, tirer les bêtes de récolte après (mais avant qu'ils ne muent ou ne soient décoiffés) et prélever les femelles et les jeunes en début d'hiver? Ceci ne peut se faire en quatre mois.
L'ouverture de la chasse deux jours (ou quatre demi journées) par semaine, bien adaptée aux animaux sédentaires ou aux migrateurs en hivernage, peut se révéler trop efficace ou totalement inefficace pour les migrateurs en voyage... Contrairement au plan de chasse, ceci présente l'inconvénient de concentrer tous les chasseurs les mêmes jours sur les territoires. Il est évident que ceci serait la fin des chasses traditionnelles, mais n'est-ce pas un des buts recherchés? La fermeture au 31 janvier, si elle peut être recommandée quand il s'agit d'espèces dont on veut au maximum protéger les populations, ne devrait pas être une fin en soi. Dans le cas de populations dont on souhaiterait limiter les effectifs par la chasse (étourneaux ou corvidés par exemple), il faut au contraire renforcer les prélèvements après les pertes hivernales, juste avant la période de reproduction. Ce n'est qu'après avoir compris cela que l'on peut demander une fermeture précoce pour les espèces que l'on souhaite préserver.
L'interdiction de chasser le mercredi "jour des enfants" est toujours aussi choquante et provocatrice ! Dans la société permissive qu'est la notre et où toutes les perversions sont admises et présentées comme normales et relevant simplement de la liberté individuelle, certains se dressent en censeurs pour préserver nos enfants. De quoi ? De la chasse! On croit rêver!!!!
Dans le même ordre d'idées, on trouve plus loin sur la plaquette, la condamnation de la pénétration de la chasse en milieu scolaire... c'est une obsession !
- De prononcer l'interdiction de la chasse en enclos en raison du cloisonnement du milieu que cela engendre, et en raison des difficultés de contrôle à l'intérieur de l'enclos.
Voici, et cela mérite d'être souligné, une mesure intelligente mais très lourde à mettre en application. Il est souhaitable en effet, de limiter la prolifération des clôtures grillagées qui sont autant d'obstacles infranchissables pour la faune terrestre et qui à terme, conduiraient les populations de mammifères à évoluer séparément avec pour conséquence un appauvrissement génétique important. Si l'intérêt présenté par la chasse en enclos venait à disparaître, beaucoup de propriétaires hésiteraient avant de clôturer... et le gibier et la faune ne s'en porteraient que mieux.
- De prononcer l'interdiction de toute chasse avec appeaux ou appelants, sans aucune dérogation possible; leur détention en action de chasse constituant une infraction.
Voilà la seconde pierre jetée dans le jardin des chasseurs de gibier d'eau mais aussi l'arrêt de mort de la plupart des chasses traditionnelles...
- De rendre plus stricte la réglementation des projectiles utilisés par les chasseurs: Il convient de remplacer le plomb par des matériaux de substitution radio-opaques (ex. : acier, porcelaine, etc.). Le bismuth, utilisé depuis peu en Angleterre, nécessite une étude complémentaire relative à son éventuelle toxicité. Peu de personnes, en particulier chez les chasseurs, savent que le saturnisme atteint notamment les anatidés dans les sites ou la pression de chasse est importante.
Cette mesure appelle plusieurs remarques: D'abord le problème du saturnisme est circonscrit à quelques zones connues et bien délimitées. Il semble que l'interdiction généralisée du plomb soit d'abord destinée à brimer les chasseurs. C'est un peu comme si on rendait l'usage des chaînes obligatoire à Marseille quand il neige à Chamonix...
Ensuite, il est bon de rappeler que le saturnisme a été pris très au sérieux par les chasseurs responsables et que les chasseurs de gibier d'eau n'ont pas attendu la diffusion du projet des Verts pour prendre conscience du problème et rechercher des solutions.
Enfin, nous notons l'ignorance qui préside à l'élaboration de la plaquette: Les balles expansives utilisées pour le tir des grands animaux ont toutes un noyau en plomb. Le remplacement de cet élément conduirait à obliger les chasseurs à tirer des balles indéformables ne tuant pas le gibier sur le coup, donc génératrices de longues souffrances et très dangereuses en cas de ricochets, y compris pour des non chasseurs...
- De rendre plus stricte la réglementation qui régit la fabrication des douilles et des bourres de munitions. Celles qui sont en plastique doivent disparaître au profit de matériaux biodégradables comme le voudrait la vraie tradition.
Seconde (et dernière) proposition utile.
- De prononcer l'interdiction des chasses en battue autre que battues administratives. L'actuel système de la déclaration serait remplacé par un système d'autorisation délivrée par les gardes nationaux, qui seraient en outre chargés de contrôler le déroulement de chaque battue autorisée."
Il semble que les auteurs du projet ne dominent pas le sujet. Pourquoi cette interdiction ? Les battues se résument-elles pour eux aux battues de faisans d'élevage en Sologne ? En ce qui concerne les battues administratives, les auteurs semblent ne pas connaître l'existence des Lieutenants de Louveterie...
De plus, cette interdiction rendant impossible une régulation efficace par la chasse de certaines populations d'ongulés, elle est certainement destiné à introduire la notion de gestion par des professionnels non chasseurs...
LE DROIT DE GÎTE :
Dans ce projet Vert, le Droit de Gîte est reconnu non seulement aux propriétaires (ce qui est à notre avis logique et sans conséquences négatives sur la pratique de la chasse) mais aussi aux locataires de terrains d'une superficie inférieure au seuil d'opposition et là, ça sent le souffre...
En plaçant la barre trop haut, ne cherche-t-on pas à rompre tout dialogue entre les différents interlocuteurs et favoriser ainsi une logique d'affrontement ? Les chasseurs et les protecteurs raisonnables sont en droit de se le demander.
LA SECURITE :
- Le projet vert la favorise en premier lieu par la limitation du temps de chasse. (SIC) .
Il fallait y penser.
Cette phrase est très significative de l'état d'esprit des auteurs de la plaquette à l'égard de la chasse...
- En deuxième lieu, l'acte de chasse est interdit à moins de 150 mètres des habitations, stades, campings, lieux de travail,... et aucun animal ne peut être abattu dans ce périmètre.
N'aurait-il pas été plus raisonnable de parler de "l'habitation d'autrui" ? Il est vrai que le brave paysan qui fusille un lapin dans son propre jardin est un grave facteur d'insécurité...
D'autre part, et partant du principe que les champs sont le "lieu de travail" des agriculteurs et la forêt celui des bûcherons, l'exercice de la chasse pourrait s'en trouver sérieusement réduit...
- En troisième lieu, cette distance est portée à 500 mètres en cas de chasse à balles, ou à plombs d'un diamètre supérieur au numéro 4 de la série de Paris.
Encore un problème d'ignorance ? Certaines balles étant dangereuses à plus de 4000 mètres, pourquoi se limiter à 500 mètres ? Tout simplement parce que le public aurait pris 5000 mètres pour de la provocation quand 500 sont suffisants pour soustraire à la chasse une part très importante des territoires et pour rassurer un électorat ignorant tout de la balistique...
Nous noterons qu'on parle dans ce paragraphe, de PLOMBS d'un diamètre supérieur au numéro 4 de la série de Paris (et la standardisation ?!!), alors que quelques lignes plus haut, il est justement question d'interdire ce même PLOMB pour la constitution des projectiles... Quelle incohérence !
- En quatrième lieu, le contrôle de l'alcoolémie peut être pratiqué chez les chasseurs comme il l'est chez les automobilistes, en raison du danger présenté par l'acte de chasse.
Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose!
Il s'agit là, d'entretenir le mythe du chasseur aviné. Ceci est très habile car, si nous nous dérobions, ce serait le signe que nous avons quelque chose à craindre de cette mesure.
Soit! En avant donc pour l'alcootest, mais pour que la mesure soit juste, il faut qu'elle concerne toutes les pratiques à risques, et non uniquement la chasse. Un skieur peut représenter un danger, un randonneur qui fait rouler des pierres sous ses chaussures aussi, que dire de l'amateur de sports mécaniques en pleine nature et même du pécheur à la ligne qui risque de crever l'oeil de son voisin... Les fabricants d'alcootest peuvent se frotter les mains.
D'accord donc pour l'alcootest, mais que ce soit pour tous!
Et que l'on cesse enfin de sous-entendre que le chasseur serait plus porté à la boisson que n'importe quel autre citoyen et qu'il y aurait autant de risques à se promener en forêt un dimanche matin, qu'à circuler en voiture pendant la nuit de la Saint Sylvestre.
LES CHASSES TRADITIONNELLES :
Dans la série des projets de réglementations, il faut remarquer l'hypocrisie dont font preuve les membres de la commission chasse à l'encontre des chasses traditionnelles. "Elles pourront être admises à l'initiative des maisons départementales de la faune et de la flore sauvage mais à condition que ces organismes paritaires les jugent sans impact réel sur les populations et non particulièrement cruelles".
Comme par ailleurs il est déjà prévu d'interdire sans dérogation possibles, l'usage d'appeaux et d'appelants, on se demande sur quelles chasses pourraient bien porter les autorisations locales...
LA VÉNERIE ET LA CHASSE AU VOL :
L'interdiction de la vénerie est bien sûr prévue:
"il n'est plus admissible de poursuivre un animal jusqu'à épuisement et de le faire souffrir ainsi de longues heures."
ainsi que deux pages plus loin la pratique de la fauconnerie:
"Actuellement, une centaine de personnes pratique régulièrement en France, l'exercice de la chasse au vol. La loi permets dans ce cas le désairage des éperviers et autours, dont le rôle dans les équilibres naturels n'est plus à démontrer. Ce prélèvement de jeunes oiseaux au nid est une confiscation d'un bien commun à tous.
D'autre part, pour "éduquer" ces rapaces à la chasse, il faut les assujettir par la privation de sommeil et par la faim et les faire devenir esclaves de l'homme de façon à ce qu'ils voient en lui l'arbitre suprême de leur repos et de leur bien-être.
Ces pratiques que certains trouvent encore "nobles" ne trouvent plus leur place dans le projet des Verts."
Bien des détracteurs de la chasse ne veulent pas comprendre que par définition, la nature est cruelle; que la vie se termine toujours mal, et que la mort sous la dent du prédateur n'est pas plus douce que la mort par la chasse.
Refuser cette évidence, c'est refuser la vraie nature. Refuser toute mort animale, ce serait aussi refuser toute vie animale...
La vénerie (grande ou petite) présente la faiblesse d'être une chasse naturelle, les chiens chassent comme le feraient des loups. Cette pratique qui peut sembler cruelle à un public non averti des réalités de la nature, présente en plus, pour les détracteurs de la chasse, l'avantage d'être facilement assimilable à un loisir de nantis. Sa condamnation n'en est que plus aisée...
En ce qui concerne la fauconnerie, si le désairage (de quelques rares oiseaux) constitue aux yeux des verts un crime de lèse collectivité, on peut facilement imaginer de quelle façon est perçu le prélèvement annuel par la chasse de quelques millions d'animaux sauvages....
Sans s'attarder sur l'ignorance des auteurs qui ne savent pas que le prélèvement d'un jeune favorise les chances de survie de ses frères, on peut remarquer que l'argumentation relative à l'assujettissement d'un animal pourra tout aussi bien s'appliquer un jour, à l'utilisation des chiens à la chasse. En effet, suivant cette logique, il n'est pas normal de faire du chien l'esclave de l'homme et un traître à la cause animale. La pratique de la chasse avec un chien devrait donc être fermement condamnée, le bon sens l'impose...
LÂCHERS DE GIBIER :
Ce problème n'est curieusement soulevé qu'au chapitre "financement de la chasse". L'interdiction des lâchers de gibier est mentionnée mais cette mesure est plus laxiste que ce que nous préconisons dans notre charte. D'une part il est précisé que les lâchers sont interdits "sauf au printemps" (comme s'il suffisait de quelques mois pour transformer la volaille en gibier naturel). D'autre part, ne sont pas concernés les animaux repris dans des zones surpeuplées: "toutefois restent permis les lâchers, effectués après prélèvement d'animaux en des sites où ils étaient trop nombreux".
On peut donc imaginer, en suivant le projet à la lettre, voir des reprises effectuées en des lieux à forte densité de faune, pour permettre des lâchers sous le nez des tireurs, un jour de chasse. Il y a comme un défaut dans la rédaction...
LES NUISIBLES :
Le statut des nuisibles est évoqué en dernière page de la plaquette. En résumé, la destruction ne pourrait intervenir de façon ponctuelle que quand tous les autres moyens de prévention auront échoué.
Encore une fois il n'est pas fait mention des lieutenants de louveterie ni des piègeurs agréés.
Bien sûr, seuls les pièges capturant vivant (à l'exclusion des pièges à mâchoires) sont autorisés. Nous sommes surpris de n'avoir pas trouvé mention d'une quelconque obligation d'anesthésier les animaux en surnombre avant de les tuer. Ce doit être un oubli...
On est loin de la grande refonte du statut des espèces que nous souhaiterions voir se dessiner. Il est vrai que l'idée même d'accepter une gestion globale de toute la faune par le chasseur est insupportable pour certains qui ne rêvent que d'une nature sans intervention humaine.
Dans ce chapitre apparaît pour la faune sauvage la notion de "RES PUBLICA" en lieu et place de "RES NULLIUS". Ceci présente l'avantage de faire prendre en charge les dégâts du gibier et de la faune par la collectivité entière (quand les chasseurs ne seront plus assez nombreux pour payer) mais n'est-ce pas aussi un artifice destiné à faire payer très cher au chasseur, le gibier prélevé dans le stock de la dite collectivité ?
2- L'ORGANISATION DE LA CHASSE ET LES STRUCTURES CYNÉGÉTIQUES :
LE PERMIS DE CHASSER :
Le projet prévoit une amélioration du permis de chasser qui exigerait davantage de connaissances de la part du chasseur de base en ce qui concerne l'identification des espèces sauvages et les règles de sécurité.
L'amélioration du niveau des responsables cynégétiques n'étant pas désirée, il n'est donc pas question de création d'un examen de gestionnaire comme nous le souhaiterions à l'ANCER. (n'est-il pas plus facile de dominer des ignorants que des gens cultivés...)
Le projet prévoit également de mettre les chasseurs sur fiche informatique, pour s'opposer à la délivrance du permis en cas de condamnation pour alcoolisme (on y revient...) ou pour violence, et comme il faut bien sacrifier à la mode, un système de permis à points serait institué. (Le nombre des points et le barème des sanctions n'est pas indiqué sur le document.)
On peut se demander quel est le modèle de société souhaité par les Verts...
S'agit-il d'un Etat policier hautement répressif ? Il faudrait l'annoncer clairement.
LES PERSONNELS PROFESSIONNELS DE LA CHASSE :
"Deux catégories de personnels doivent obtenir le statut de fonctionnaires afin de travailler en toute indépendance à l'égard des chasseurs. Ce sont:
Les personnels de l'O.N.C.
Les personnels techniques des fédérations de chasseurs."
...." les exigences novatrices des Verts supposent que les effectifs des gardes nationaux soient notablement renforcés"
Bien que l'indépendance de la garderie vis à vis des fédérations figure sur notre charte et soit une bonne chose, les motivations des Verts nous semblent ici beaucoup plus malsaines.
Le but poursuivi est double: D'abord s'attirer les bonnes grâces de l'électorat constitué par les professionnels de la nature que sont les gardes et techniciens cynégétiques, pour cela on leur fait miroiter un statut de fonctionnaire et des revalorisations indiciaires (ah, démagogie quand tu nous tiens...), ensuite, partant du principe que la fraude est le corollaire de la prohibition, il faut préparer un outil répressif efficace pour faire face aux tentatives de braconnage qui seront bien plus nombreuses quand la chasse sera réduite dans le temps, dans l'espace et dans le nombre des espèces chassables et quand les chasseurs ne seront plus motivés pour faire appliquer les règles. Pour cela sont prévus le renforcement des effectifs et une "meilleure coordination avec les services de gendarmerie et de police"
LES FÉDÉRATIONS ET ASSOCIATIONS DE CHASSEURS :
Avec le projet Vert : Le chasseur n'adhère plus à une fédération départementale, il peut adhérer directement à une association communale de chasse (ACC); s'il ne chasse que sur des terres dont il est propriétaire ou adjudicataire, cette adhésion est facultative. Les ACC créent et adhèrent à au moins une fédération départementale à laquelle elles cotisent: la pluralité des fédérations est donc possible au sein d'un même département.
Le but recherché est manifestement de diviser pour affaiblir et de diminuer les ressources des fédérations. On pourrait être tentés de croire que ce chapitre a été rédigé pour contrecarrer les actions de certaines fédérations rétrogrades, mais vu le contexte, il ne fait aucun doute que même en présence de fédérations toutes exemplaires, la démolition de la chasse passe par l'affaiblissement de ces structures.
Il est à remarquer le manque d'imagination des rédacteurs de la plaquette qui auraient pu admettre l'adhésion à des fédérations non départementales.
L'OFFICE NATIONAL DE LA FAUNE ET DE LA FLORE SAUVAGE :
Cet organisme public serait en fait notre actuel ONC rebaptisé.
"Il a un rôle général sur la politique nationale de protection de la nature (faune, flore) et d'aménagements du territoire. Il est aussi acteur des discussions internationales sur ces deux points.
En ce qui concerne la chasse, son rôle est technique, financier, d'information et de pédagogie.
Rôle technique: Rôle financier:
Rôle d'information et de pédagogie:
Moyens:
L'ONFFS est financé sur le budget de l'État par les redevances acquittées notamment par les chasseurs, les pêcheurs, et le cas échéant par d'autres utilisateurs de la nature. A ce financement s'ajoutent des subventions de l'État et la rémunération de services rendus (plaquettes, études, etc.).
Les Maisons départementales de la faune et de la flore sauvage (ou conseils départementaux de la faune et de la flore sauvage) seront les relais décentralisés de cet office.
Leur rôle sera plus important que celui des actuels CDCFS (Conseils Départementaux de la Chasse et de la Faune Sauvage): Non seulement définir, dans la fourchette des dates et des listes d'espèces définies nationalement, les modalités départementales de la chasse; mais encore juger de la validité des modifications proposées aux biotopes."
Comme on peut le constater, le souci principal n'est plus ici de démolir un organisme, jugé sans doute globalement acceptable, mais plutôt de se l'accaparer et de l'accommoder à la sauce verte: (nouveau nom de baptême et compétences étendues...). C'est une façon élégante de ne pas jeter aux orties, l'outil volé au voisin et de lui trouver une nouvelle utilisation, plus conforme à la nouvelle donne.
LES FINANCES DE LA CHASSE:
Pour la validation annuelle du permis de chasser, le projet des verts propose de tout faire payer en une seule fois au percepteur, y compris l'adhésion éventuelle à une association communale. Tout l'argent collecté serait ainsi versé dans le budget de l'Etat qui effectuerait ensuite la ventilation des fonds.
Si le système parait plus simple et avantageux en ce qui concerne les diverses taxes et la cotisation à la fédération départementale (dans le cas de fédération unique à adhésion obligatoire), ceci se complique en cas de pluralité des fédérations avec adhésion facultative, comme en ce qui concerne l'adhésion à une (ou plusieurs) association communale...
On peut se demander sur quelles bases seront calculés les reversements et quelle sera l'utilisation réelle des fonds....
Pour des gens qui souhaitent affaiblir le monde cynégétique, ceci est très avantageux. En effet, tant qu'il reste des chasseurs, il est intéressant d'utiliser leur argent à d'autres fins que la promotion de la chasse; ensuite, quand il n'y en aura plus, il faudra que le flux financier s'inverse et que l'Etat prenne le relais pour financer la police de la nature...
CONCLUSION :
Personne parmi les chasseurs responsables ne s'y trompera. Malgré les dénégations de ses auteurs, ce projet n'est pas celui de l'amélioration de la chasse mais celui de la disparition pure et simple de cette activité qui a permis à l'humanité de survivre pendant des centaines de milliers d'années.
Les Vert veulent couper ce cordon ombilical qui nous lie à nos origines et encourager la transformation de l'homme en un mutant dénaturé.
Le "respect de la vie" est devenu le leitmotiv des opposants à la chasse qui feignent d'oublier que la mort lui est indissociable. Et simplement parce que la mort liée à la chasse est plus voyante que celle qui découle d'autres activités humaines bien plus destructrices, la pratique cynégétique est devenue la cible de toutes leurs attaques.
Le malaise provient de l'incompréhension totale entre une partie de la population urbaine coupée de ses racines, ignorant tout de la chasse et une partie du monde cynégétique qui a souvent tiré le plus mauvais profit du progrès, prêtant ainsi le flanc à toutes les critiques.
Nous ne soulignerons jamais assez le paradoxe qui consiste pour les adversaires de la chasse, à pratiquer un amalgame douteux entre la vie humaine et la vie animale sacralisant cette dernière, et à vouloir dans un même temps, ôter de force à l'être humain la part d'animalité qui est en lui. Ceci est contre nature ! Venant d'un parti qui se veut proche de la nature, cette attitude mérite d'être dénoncée sans complaisance.
"la Plaquette Chasse des Verts" est le fruit du travail d'une minorité de zoolâtres obsessionnels très actifs au sein du mouvement Vert. Nous mettons en garde les vrais protecteurs de la nature (que l'on peut rencontrer partout, y compris chez les chasseurs et dans les rangs de tous les partis politiques sans exception), contre les dangers présentés par l'acharnement anti-chasse de quelques uns.
La défense des milieux et des espèces ne pourra jamais se faire contre les habitants des campagnes, elle ne pourra se faire qu'avec eux. Aggraver la crise qui oppose chasseurs et protecteurs, ruraux et urbains, ne peut que retarder la nécessaire prise de conscience par tous, de l'urgence de protéger ce qui nous reste de nature.
A l'ANCER nous ne voulons pas de ce projet. Il est affligeant, navrant et mauvais ! Affligeant, navrant et mauvais pour la chasse, mais aussi pour la future politique de défense de l'environnement qui ne peut se concevoir sans la coopération sincère des chasseurs et des protecteurs.
Le Bureau,
septembre 1992